DEDICACE XI
que dans ce cabinet où nous avons passé de si douces heures, tu reviens fasseoir à ta place ordinaire, et que, fraternellement, nous recommençons à nous entretenir, comme autrefois, de nos chers travaux.
Donc, voici un nouveau Uvre, et je te le dédie.
L'étude que j'ai placée en tête, et qui occupe il peu près le tiers du volume, est la mise en œuvre de cette note, que je copie telle quelle sur le bout de papier où je Tavais jetée : « L'amour, chez une femme plus âgée que son mari ou que son amant, — chez une femme qui aime avec ses sens, tout autant qu'avec son cœur, — peut arriver à se spiritualiser, à se sublimer^ à prendre quelque chose de si tendre, de si maternel^ qu'il n'y a plus place en lui pour rien de ce qui est seulement suggestion de la chair. C'est le dernier terme de l'amour, le plus haut; l'amour alors dépouille tout égoïsme et devient une chose admirable, participant de la beauté des sacrifices surhumains et du martyre. — Bâtir sur
XU DÉDICACE
celte donnée un caractère de femme, amoureuse et jalouse d'abord, puis arrivant peu à peu, non sans révolte, non sans lutte ni souffrance, à dompter cette jalousie même. »
J'ai adopté pour cette étude la forme du journal, tout en sachant qu'il y a quelque chose d'un peu conventionnel dans cette forme. Mais que d'avantages en revanche!
Comme elle se prête à l'analyse, à l'observation directe et ininterrompue, comme elle est souple, comme elle aide à ne jamais perdre de vue le but qu'on se propose et à y parvenir avec la plus grande célérité possible! C'est encore du récit : et pourtant la plume y trouve toute la précieuse liberté d'allures qui semble réservée au dialogue. En considération de ces mérites, on me pardonnera peut-être d'avoir eu recours à un artifice de composition quelque peu suranné. Que si l'on me cherchait nonobstant chicane sur ce point, je répondrai que le procédé n'est pas aussi factice qu'il en a l'air, et que je me suis contenté de prendre modèle sur bon