MERE ET
rotin, où les curieux pourront faire des recherches sur la paternité de la chanson.
Si vous croyez qu’elle puisse intéresser vos lecteurs et qu'elle soit encore inédite, comme on me l’a assuré, faites-eu ce que bon vous semblera. Votre bien dévoué, E. C,
La lettre de E. OC. et la chanson furent publiées sans autre référence.
Ayant à rééditer cette même chanson, qui fait partie de la copie de l'Hôtel-Dieu de Québec, je ne voulus pas négliger la relation du Père Coquart, et voici ce qui en est,
Au XIlle volume, lère série, fol. 5411-5496, de la copie des “ Documents inédits relatifs à la Nouvelle-France ”, se trouve en effet une lettre du Père Coquart adressée à son frère, maire et lieutenant général de police à Paris ; elle est précédée d’une lettre très brève de ce dernier, présentant au ministre la relation du jésuite.
Cette relation n’est pas datée et ne porte pas d'indication de lieu, mais par le contexte il est clair qu’elle fut écrite à Québec, et dans l'automne de 1756, et expédiée en France par les derniers navires de cette année, Elle contient une foule de détails historiques, spécialement sur les opérations militaires du Canada, et le récit de la campagne de Chouaguen ; l'auteur y fait aussi la revue des événements de l’année. La relation n’est pas signée (il s'agit toujours de la copie, bien entendu,) et finit sans aucune des formules usitées à la fin d’une lettre. La chanson la suit immédiatement,
Or, au cours de la relation, pas la moindre allusion à la chanson, ce qui paraît inexplicable, ai le Père Coquart en est l'auteur, Il ya plus. En tête de la chanson, l'indication de l'air est laissée en blanc, après la formule qui l'annonce : Sur l'air de....., lacune qui permet de conclure avec assez de certitude que tut au plus le Père Coquart a-t-il envoyé une cor:e de la chanson à son frère, et qu'il en était si peu l'auteur qu’il ignorait même de quelle musique la chanson avait emprunté sa mélodie, 1
Voilà bien de l'écriture, je l'avoue, pour aboutir à ne pouvoir attribuer au Père Coquart la paternité de la suivante chanson.
1.—Si toutefois la relation originale, qui est à Paris, ne fournit pas cette indication, ce que j'ignore. Il est à propos de faire remarquer que la copie des archives provinciales est très mal faite ; le copiste ne paraît pas toujours comprendre ce qu'il copie. Une main plus récente a complété au crayon l'indication laissée en blanc à la copie : la chanson va sur l'air de Vous andez une chanson. C'est bien ce que porte le manuscrit de l'Hôtel. Dieu. On trouvera la musique dans les Cantiques de Pellegrin, 1706, page 1. Air noté, page 35, n° 30.
None célébrons du grand Vaudreuil La sagesse et la gloire,
Toute l’Ar;; terre est en deuil Au bru'! le sa victoire,
Chouegue n'est plus. Nos soldats L'oct forcé de se rendre,
Et ses murs ne sont plus qu'un tas De poussière et de cendre.
En vain Loudon de ses guerriers Y rassemble l'élite, Montcalm avide de lauriers N'y court que trop vi’ ; Bellone lui prête son char, Et, sûr de la fortune, De trois choses que fit César Il n’en omet aucune. ?
Déjà je vois de nos héros Une troupe intrépide S'élancer au milieu des flots Et franchir un rapide, Rigaud leur montre le chemin, Et marchant à leur tête Porte l'alarme, et Chouaguen Devient notre conquête,
Enfin les voilà dans nos fers, Ces hommes redoutables,
1.— Vent, vidé, vici, Ce n'est pas une pure flatterie. L'attaque de Choua. guen, conduite avec un brio superbe, était en réalité un coup d’audacieuse témérité, ei contraire aux règles ordinaires de la tactique militaire et de la prudence, que Montcalm crut devoir s'en excuser auprès du ministre :
Ces braves qui domptent les mers. 1 Sur terre ils sont traitables ;
Dès les premiers coups de canon Leur bravoure imbécille 2
S’alarme et vient dans nos prisons Demander un asile,
A Carillon l'on dit pourtant Qu'ils auront leur revanche.
Autant en emporte le vent Qui souffle dans la Manche, # Les Canadiens leur font peur, Et Loudon est trop sage Pour oser contre leur valeur Mesurer son courage.
« La conduite que J'ai tenue en cette cirçonstance et les dispositions que j'avais arrêtées sont si fort contre les règles ordinaires, que l’audace quiaété mise dans cette entreprise doit passer pour de la témérité en Europe. En tout événement j'aurais fait une retraite, sauvé l'armée et l'honneur des armes du roi. Aussi je vous supplie, monseigueur, pour toute grâce, d'assurer Sa Majesté que si jamais elle veus, comme je l'espère, m'employer dans ses armées, je me conduirai par des principes différents, »
1.—Allusion aux attaques anglaises sur mer, qui déterminèrent la rupture officielle de la paix entre l'Angleterre et la France, le 18 mai 1756. « Depuis deux années, le sang anglais et français rougissait l'herbe des forêts d'Amé. rique, et les ambassadeurs des deux nations étaient de toutes les fêtes à Versailles et à Saint-James. Hélas | le gouvernement français, qui sentait son incurable faiblesse, se rattachait désespérément même à une ombre de paix. Mais un jour, au mépris du droit des gens, de la foi des traités et des coutumes des nations civilisées, à un signal de l’Amirauté de Londres, de tous les coins de l'horizon, les vaisseaux anglais fondent sur nos navires de commerce et de guerre, sur nos bateaux pêcheurs, sur nos baleiniers, sur nos caboteurs, En un mois, 300 bâtiments avec 8000 hommes d'6 uipage tombaient au pouvoir de l'ennemi et étaient remorqués en triomphe dans les ports de la Grande-Bretagne. Le glorieux écusson de l'Angleterre en est resté marqué d’une tache que ne saurait laver toute l’eau de l'océan, théâtre de ces pirateries, Louis XV, Louis XV lui-même, ressentit l’affront et redevint le roi de Fontenoy. Il écrivit à Georges II une lettre indignée pour lui demander réparation, et cette paix mensongère, qui n'abritait que des guetsà-pens, fut officiellement rompue le 18 mai 1756.» M. de Bonnechose, Montcalm et le Canada Français, p. 25,