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La vertu est précisément ce que Cherbuliez trouve quelque peu ridicule chez les femmes qui en font étalage, sûr qu’elle est chez elles un effet de l'hypocrisie ; le ridicule professeur Brommel, qui s’attendrit sur la « Gemüt » des femmes de son pays, vante en ces termes leur vertu : « Si vous connaissiez les Allemandes! Ce qui les distingue entre toutes les femmes, c’est l'instinct du sens moral, la profondeur de leurs attachements, le sérieux de la passion...‘ » et bien entendu Cherbuliez estime qu’il est juste et naturel que la légèreté française vienne changer tout cela.
Même quand elles sont vertueuses et connues pour être telles, l'attrait de la chose interdite les tente encore :
« Les femmes les plus résolues à résister ne sont pas fâchées d'avoir à se défendre?. »
D'ailleurs, pourquoi les femmes s’embarrasseraient-elles de la moralité sociale fondée sur des préceptes établis par les hommes? Déjà La Bruyère l’a dit et Cherbuliez, son élève, le cite : « La plupart des femmes n’ont guère de principes; elles se conduisent par le cœur et dépendent pour les mœurs des opinions de celui qu’elles aiment*. »
Va-t-on demander aux femmes d’être justes? Pourquoi le seraientelles? Elles sont naturelles et la justice inventée par la société n'existe pas dans la nature : « Vous êtes femme et vous aimez la justice *? » Voilà qui est anormal!
Bien loin d'être justes, elles semblent préférer ce qui soulève notre indignation à nous autres hommes : « La justice de certaines femmes est souverainement injuste et inique *. »
« Quand il faut une victime à leur colère, elles la prennent où elles la trouvent’. » Les héroïnes raciniennes n’agissent pas autrement.
La femme sait, en effet, se montrer merveilleusement indifférente à tout ce qui ne touche pas son cœur; l'injustice devient pour elle un très utile dérivatif; sa faiblesse physique l’y autorise : « Mon père prétend que les femmes s’attribuent le droit d’être injustes, que c’est celui de leurs privilèges auquel elles tiennent le
plus*°. »
. Les Inconséquences de M. Drommel.
. Jacquine Vanesse, p. 11.
. Prosper Randoce, p. 44.
. Samuel Brohl, p. 51.
. Une Gageure, p. 277.
. Après Fortune Faite, p.149.
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Peut-on faire honte à la femme d’avoir été cruelle et injuste? Elle n'écoutera pas vos discours : « Un cœur qui aime ne connaît plus la honte‘. » Le souvenir de ces cruautés ne la troubleront pas, surtout si elle est parvenue à se venger de qui lui avait porté atteinte : « Se venger est le plaisir des dieux et des femmes *. »
Mais si cette méchanceté n’est pas voulue? « Il se demandait si dans le meilleur cœur de femme, il n’y a pas un fond de férocité inconsciente”. »
La femme a un autre don admirable pour abolir la souffrance morale et se guérir du mal d'aimer, c’est l'indifférence que son pouvoir d’oubli sert si bien : « Le contraire de l’amour n’est pas l’aversion, c’est l’indiflérence. La haine n’oublie pas“ » et les femmes haïssent rarement.
Certaines femmes, chez lesquelles la vie du cœur existe cependant, se sont fait de l'indifférence une indiscipline qui les aide parfaitement à jouir de l’existence. Elles peuvent rester égoïstes même en amour : « Elle était de ces femmes qui réduisent tout ce qui les entoure à l’état d'accessoires”. »
Malheur à qui s’attache à elles : tranquillement, elles feront taire en elles tout sentiment de pitié et iront leur chemin : « Ces éternelles passantes de la vie..….; leur métier est de passer et elles passent ‘. »
Ce sont des femmes à demi-passions, de celles que Cherbuliez appelle des poupées par oppositions aux « natures ». Elles ressemblent un peu toutes à cette : « exquise Ameline qui, ne sachant pas haïr, était incapable d’aimer fortement, » en bonne épouse « elle se laisserait aimer, mais jamais elle n’aurait d’autres secours à offrir que des étonnements et des indifférences ; elle serait l’éternelle étrangère”. »
Mais si, aux yeux du moraliste, la femme a besoin de se justifier, elle n’aura qu’à faire valoir sa vraie nature : celle d’une force mal asservie et jamais consentante à se modifier du tout au tout, la personnification presque parfaite de la passion : « De Maistre, dit Cherbuliez, convient qu’il a toujours eu un faible pour ce superbe
. Paule Méré, p. 119.
. Le Secrel du Précepteur, p.152.
. Samuel Brohl et Cie, p. 260.
. La Vocation du Comte Ghislain, p, 90.
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. Le Fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur, p. 138. . Après Fortune l'aile, p. 211.
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animal'. » Mais d’autres regardent avec mépris les forts qui se laissent dominer par ce qu’ils affectent de considérer comme une créature inférieure : « Il ne pouvait pardonner aux hommes de se laisser gouverner par ce méchant et dangereux animal”. »
De nos jours, constate encore Cherbuliez, les hommes, surtout les jeunes, feignent de mépriser la femme; « la jeunesse d'aujourd'hui a placé l’étude de la femme dans la catégorie des sciences exactes*.
Mais le He le sage, auquel Cherbuliez doit tant de sa pensée la plus profonde, croit, pense que c’est précisément un mérite chez la Femme de se trouver si près de l’animal :
« Ce mot de Gœæthe : la plus belle qualité d’une femme est d’être une nature“. »
Une des « vraies femmes » dans l’œuvre de Cherbuliez (il y en a toujours une au moins par roman) explique à un interlocuteur la loi à son avis nécessaire, à laquelle les femmes savent toujours se conformer et les hommes quelquefois :
« L'amour est le contraire de la civilisation et vous êtes un parfait civilisé !
«L'amour nous rapproche des bêtes ; l’amour estla divine bêtise. Il nous ramène à l’état de nature. L’homme qui aime redevient un sauvage® »
L'amour, une bêtise, une passion stupide ? « Il est certain que l’amour est une bêtise, mais cette bêtise est divine‘. »
Bien rares en effet sont celles qui se refusent à jouer ce jeu qu’elles sont destinées à perdre presque certainement parce qu’elles y mettent trop de leur cœur.
Celles qui veulent être intelligentes et non sensibles : « qui ne se font pas d'illusions sur elles-mêmes ne sont pas tenues de s’en faire sur les autres... les femmes qui ne se plaignent de rien ne sont pas obligées de s’apitoyer sur les malheurs des autres ?».
Mais la grande majorité d’entre elles trouve sa force dans l’inconséquence du sentiment : « Je la soupçonne d’avoir plus d'énergie dans les sentiments que dans la volonté et il me plaît qu’une femme
. Le Grand Œuvre, p.44.
. Miss Rovel, p. 8.
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. Jacquine Vanesse, p. 234.
. Une Gageure, p. 110.
. La Vocation du Comte Ghislain, p. 19.
. Le Fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur, p. 61.
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soit ainsi, qu’elle pense avec son cœur et qu’elle ait les idées des gens qu'elle aime’ ». |
On a déjà constaté que la femme pouvait être cruelle, injuste, indifférente, et cependant c’est difficilement qu’une femme sait résister quand on fait appel à son cœur; car les femmes ont plus que les hommes l’intempérance du cœur et le sacrifice leur tient souvent lieu de religion. C’est pourquoi: « les prêtres sont comme les femmes ; leur bouche dit non quand depuis longtemps leur cœur a dit oui”. »
L'amour ne revêt pour elles sa vraie signification que si elles peuvent le mesurer par la souffrance : « puisqu’aimer c’est souffrir. * » « Serait-il donc vrai que les femmes s’attachent à ce qui les fait souffrir * ? »
Mais à la souffrance qui est pour elles la chose normale, elles ajoutent un raffinement, le pardon : « Le fond de l'affaire est que les femmes aiment à souffrir. Il est certain qu’elles oublient leurs amis et qu’elles n’oublient jamais leurs bourreaux 5... » « J’imagine que Dieu voulut que le pardon eût un asile et un sanctuaire dans ce monde et qu’à cette fin il créa le cœur de la femme. »
A défaut de souffrance véritable, la femme qui aime semble prendre plaisir à renoncer à sa volonté comme si elle s’en défait ou comme si elle n’en avait que faire : « Ma liberté me gênait.. le véritable amour est avide de servitude : la dépendance est si douce quand on se sent aimé‘! »... D’ailleurs :
« En coûte-t-il d'obéir quand on aime*? » Cherbuliez fait observer en outre que : « les femmes ont un faible pour les despotes intelligents°. » Par contraste à leur faiblesse sans doute les femmes aiment la force pourvu qu’elle ne soit pas brutale : « Nous autres femmes, nous adorons la force ou ce qui lui ressemble ; mais ce qui nous subjugue tout à fait c’est la douceur des violents‘. »
Mais si elles aiment la torce, si elles consentent avec joie à la dépendance, elles exigent que leur vainqueur y mette les formes,
. La Vocation du Comte Ghislain, p. 65.
. Jacquine Vanesse, p. 162.
. Paule Méré, p. 333.
. Le Secret du Précepteur, p. 294.
. Le Roman d'une Honnéle Femme, p. 213.
. Id., p. 83.
. Miss Rovel, p.5.