La Vocation du Comte Ghislain, p
davantage et quelqu'un qui est plus aimé’. » Et c’est la femme qui aime d'habitude davantage.
Par ailleurs « l’homme est ainsi fait qu’en toutes choses c’est l’à-côté qu’il aime le mieux?. » Instable donc dans ses affections, il devient facilement volage. L’attirance d’un amour paisible, solide, tel qu’aspire à l’inspirer toute femme qui aime profondément, ne lui viendra que sur le tard : « II faut qu’un homme ait beaucoup pâti avant qu’il préfère à la femme qui ensorcelle la femme qui repose, et la magie blanche à la noire °. » Et enfin : « Il passe pour constant que les hommes n’ont jamais adoré que les femmes dangereuses*. » Malheureusement pour elle une femme qui aime ne l’est pas ou ne l’est plus.
Souvent la jalousie féminine provient de son imagination excessive : « Pour tenir tête à son imagination la femme a besoin de beaucoup d'esprit’. » Cette forme de la philosophie la consolera sans doute, mais de l’esprit n’en a pas qui veut.
La jalousie une fois née, grandit bien vite et d’abord révèle à sa victime la force et l'étendue de son amour; quelquefois même c’est elle qui le fait naître : « Elle faisait connaissance avec les houles du cœur. La jalousie lui révélait l'amour 5. »
Le désœuvrement l’exaspère encore davantage en donnant libre carrière à cette imagination sans but qui lui est particulière.
Par elle, elle se trouve conduite à commettre mille sottises qui irritent l’homme au sens plus rassis : « Gare aux caprices d’une imagination surchauffée par la jalousie, exaspérée par l’ennui‘. »
Voilà le danger véritable, celui qui mène aux coups de tête irraisonnés : « Femmes ne vous ennuyez pas! Ce n’est pas la Bête, c’est l'imagination et l’ennui qui vous perdent. » Car l’homme commence alors à juger sa compagne avec sévérité : « Quand on juge la femme qu’on aime, on n’en a plus pour longtemps à V’'aimer”*. »
Mais quoi, l’amour serait-il possible sans jalousie ? Nous avons vu