‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 109 sur 298 · Le Fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur, p · texte numérisé non relu

Le Fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur, p

qu'il n’admettait pas la confiance : «Il n’y a pas d’amour sans jalousie‘. »

Tandis que l’amour de l’homme diminue, celui de la femme jalouse va croissant : « Le plus fort aiguillon de l’amour est la jalousie”. »

Le mal que fait la jalousie peut être incalculable : « O jalousie ! tues à la fois la plus inutile de nos passions et celle qui fait le plus souffrir‘! » Elle avilit aussi ceux qui en sont possédés et plus que l'amour lui-même peut conduire aux pires turpitudes :

« Elle rend toutes les âmes égales, elle les met toutes de niveau“. »

Mais toutefois, en s’implantant dans le cœur elle y crée parfois une nouvelle vie et souvent, crainte pour crainte, parvient à dompter l’amour prêt à s’enfuir : « Comment n’a-t-elle pas compris que la jalousie survit à l’amour et dans certains cas le ressuscite”. »

C’est pour l’homme surtout que cela est vrai, car chez lui elle peut, tout en provenant de la passion, trouver force et substance dans son moi romantique, base même de son amour, et ce moi si vivace peut survivre à l'amour en en donnant l'illusion ; quelquefois il peut le créer. L’homme chez lequel jalousie et amour ne font qu'un est le plus parfait exemple du vaniteux qui s’adore dans autrui :

« La jalousie est la fille de l’amour, mais quelquefois c’est elle qui le fait naître, à quoi il faut ajouter que l’homme qui a besoin d'être inquiet pour aimer n’a jamais aimé que lui-même*. »

Pour certains jaloux l’amour n’est même pas nécessaire. Toutes les autres passions qui irritent en eux leurs désirs de possession suffisent à les rendre tels :

« N'ayant jamais été amoureux il dépensait son fonds de jalousie innée dans ses amitiés qui étaient ses romans”. »

La jalousie est une passion commune, l’amour véritable la rejette avec dédain : «au dire d’un sage, les grandes passions sont au-dessus

de la jalousie*. »

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