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fait d’un seul homme deux : «IL ÿ a deux espèces d'hommes, ceux qui produisent et ceux qui jouissent; le poète seul est à la fois producteur et jouisseur : il produit parce qu’il jouit '. »
Mariage de l’esprit et du sentiment, c’est par l'imagination qu'il se fait, et c’est le poète qui en est l’officiant : « Je faisais hier une réflexion mélancolique. Prosper est un tempérament. Je suis peutêtre une âme. Si on nous fondait ensemble, cettecombinaison pourrait bien produire un grand poète”. » Avec certaines réserves, car le domaine de l'intelligence s'étend, croyons-nous bien, au delà des limites de la poésie, nous sommestenté d'approuver cette exclamation de Prosper Randoce : « Qu'est-ce qu’un poète ?... Un homme complet*. » Le poète est un homme complet en ce sens peut-être que s’il a le pouvoir de créer de la beauté par l'esprit, il possède encore le don de souffrir davantage parle cœur : L’illusion qui est le mobile principal de sa passion (comme elle l'est pour la femme quand elle aime) l’égare et élargit pour lui le germe de la douleur.
De même chez tout homme doué d’une imagination trop vive. Il ne sait plus trop où il en est de ses émotions vraies ou fausses : « Ce pauvre homme ne manquait pas d'imagination. Les gens qui en ont finissent toujours pas être leur propre dupe... ils se figurent... que leurs passions imaginaires et fictives sont de vraies passions”. » |
Il est permis de supposer que ce mélange de réel et d’artificiel crée en eux un désarroi qui a une répercussion appréciable sur la vie de leur esprit: leurs créations s’en ressentent car l’esprit ne juge pas toujours. « Comme le système nerveux, l’esprit a sa vie réflexe et n’a pas besoin de penser pour accomplir ses fonctions *. »
Dans la nature de l'imagination, entre une forte dose de ce que Cherbuliez appelle l'inquiétude, due peut-être à ce désarroi troublant. Il en fait d’ailleurs le plus grand cas : « IL y a un vieux proverbe italien qui dit que le monde appartient aux inquiets. »
Et aussi: «Il n’y a de louable en moi que mon inquiétude”. »
Cette inquiétude des imaginatifs impuissants à réaliser intégralement leurs rêves ou leur prise de possession de la vie, car tous
. Prosper Randoce, p. 140.
. L'Idée de Jean Téterol, p. 155.
. La Vocation du Comte Ghislain, p. 352.
. La Ferme du Choquard, p. 6.
. La Vocation du Comte Ghislain, p. 54.
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ont des âmes d'artistes (« pour une âme d'artiste voir c’est avoir») provoque en eux un état de tristesse très particulière, apparentée peut-être au trop fameux mal du siècle, et qui produit soit l’hypocondrie : « L’abbé Verlet avait trop d'imagination pour n’avoir pas ses heures de mélancolie; ° » soit une méchanceté rancunière : « C’est une race très dangereuse que celle des artistes sans talent*. » La hantise que l’imagination déçue inflige àson esclave a pour effet de ne pas lui permettre de goûter le repos : «.. les âmes ambitieuses, inquiètes, tourmentées ne se détendent jamais tout à fait*. » L'inquiétude des uns, le découragement des autres, semble l’inévitable . accompagnateur de l'imagination créatrice. Le talent aide souvent à faire taire cette conscience de l’esprit et à calmer l’amour-propre des plus ombrageux.
Cherbuliez a bienl’air de se rallier à la définition offerte par Rivarol: «.… le talent est un art mêlé d’enthousiasme.» N'est-ce pas aussi dans ce sens qu’il faut entendre la citation qui suit ? « Cette vigueur de complexion qui n’est pas le génie mais dont le génie ne peut se passer. Un Delacroix et un bon peintre d’enseignes ont cela de commun qu'ils sont l’un et l’autre des hommes de peine durs à la fatigue, ayant le goût un peu brutal de se colleter avec les difficultés”®. »
Le talent saitgénéralement ce qu’il vaut, où il va. C’est une vertu virile : « Le talent, et le bonheur qui en tient lieu quelquefois, est surtout l’esprit de conduite ‘.» C’est également une force glorieuse : « Mais les talents supérieurs sont poussés comme par une force fatale à se révéler au monde : l’activité est leur loi; ilsne sauraient rester enfouis. Dès leur naissance, ils se sentent fiancés avec la gloire’. » C’est une force qui plaît à notre nature : « On éprouve toujours de la joie à exercer ses talents* ». Mais c'est une force souvent impérieuse, elle aussi, liée mystérieusement à ce mobile qui est au fond de l’âme humaine : « Il y a du mystère dans tous les grands talents”. »
On peut envisager le talent comme un aspect de la personnalité;