‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 115 sur 298 · L'Idée de Jean Téterol, p · texte numérisé non relu

L'Idée de Jean Téterol, p

il aide à vivre et assigne une valeur sociale à l'individu quile possède : « Vous avez plus de génie que de talent et c’est un grand malheur. » Il implique en effet mesure et stabilité, ce qui est tout le contraire pour le génie. On estime un homme qui a du talent, c’est sa valeur marchande. Il sait l’imposer, car il y croit lui-même : «Pour prendre de l’ascendant sur les autres il faut commencer par croire en soi, par avoir la religion de sa propre importance”. » Mais le vraitalent est assez rare : « Un homme qui a quelque chose à dire est à mes yeux un homme à part”. »

Dans la possession du talent, qui fait l’artiste, il entre toutefois un élément qui peut manquer de noblesse et que ce qui précède dénote très souvent, c’est le culte du moi : « Vous ne savez pas que tout artiste s’idolâtre ‘. » Passe encore quand de son talent il se fait une discipline ; mais il est des talents qui flattent la vanité sans élever l’âme, des talents qui n’exigent rien de leur possesseur : « Tu n’as pas le talent dur, toi ‘.» Ces talents n'offrent nulle garantie morale : « Je crois... à votre talent, vous le savez bien, et plût à Dieu que je puisse avoir la même confiance en votre caractère. » Tel est l’artiste incomplet, capable de se servir de ses dons pour commettre une vilenie. Ses talents sont comme lui inachevés : «II possédait une collection de demi-talents ". » Samuel Brohl, Faigrefin, se servait des siens comme d’un attirail de fausses clefs pour forcer la confiance de ceux qu’il voulait duper.

Il existe entre le talent supérieur et le génie une sorte de ressemblance, le génie comme on le sait déroute le sens commun par son ardeur extraordinaire à vouloir réaliser l'impossible; et le talent : « Qu'est-ce » ? demande Cherbuliez, « une fièvre qui raisonne*. » Mais le raisonnement du talent est beaucoup plus conscient et beaucoup plus respectueux des règles que celui du génie.

Une des caractéristiques les plus manifestes du génie c’est son aspect combattif, antagoniste. Il se heurte sans cesse soit à la mauvaise foi, soit à l’incompréhension, etil se sent comme dépaysé en société : « Les hommes de génie n’ont pas toujours le don de

. Une Gageure, p. 221.

. Prosper Randoce, p. 88.

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. Jacquine Vanesse, p. 240.

. L'Idée de Jean Télerol, p. 312.

. Prosper Randoce, p. 265.

. Samuel Brohl et Cie, p. 109.

. Prosper Randoce, p. 123.

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