‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 116 sur 298 · E © R © NN · texte numérisé non relu

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se communiquer et en général, dans le train habituel du monde, ils essuyent des difficultés que ne connaît pas le vulgaire. Les sots trouvent tout simple de vivre, ils en ont la routine en naissant. À les voir on sent qu’exister est leur affaire... Pour un esprit supérieur la vie est un accident qui l’étonne... les aigles sont de mauvais marcheurs‘. »

Le caractère qui, sans temporiser avec l’existence, s'entend à l’utiliser pour les buts qu’il se propose, ne va guère par conséquent avec le génie trop entier, trop rebelle. Celui-ci rapetisse donc celuilà. Dans ce désaccord se glisse fréquemment le malheur, compagnon habituel du génie : « Les hommes de génie ont un caractère commun des martyrs et c’est ce caractère qu’il faut démêler quand on veut s’expliquer leur destinée, car soyez convaincu que nous sommes toujours les artisans de notre fortune”. » La grande intelligence, qui est le génie, étant pénétrée par l’idée qu’elle veut vivifier, perd la notion de la mesure qui est la marque du caractère et souvent donne lieu de s’en repentir. C’est pourquoi chacun à sa manière les hommes de génie sont des héros. Mais comme le fait observer Cherbuliez : « les héros ont quelquefois l'esprit un peu court”. » De là résulte le rapport paradoxal de quasi ressemblance entre le génie et le manque d'intelligence : « Cette argile dont sont également faits les héros et les niais. Ces deux espèces d'hommes se ressemblent un peu. Les uns et les autres prennent leur pensée pour la mesure des choses‘. » Les talents incomplets sont dus, avons-nous vu, au manque de caractère, de même le génie qui n’est pas guidé et fortifié par le caractère est manifestement voué à l’insuccès.

Le psychologue a étayé sa thèse de la folie suggérée du Tasse sur cette observation que le grand poète italien de la Renaissance avait gâté son œuvre et son existence par la raison de ce manque d’équilibre : « Le Tasse dut la moitié de ses infortunes à la faiblesse de son caractère et l’autre à la beauté de son génie*. » Et encore : « Le caractère du Tasse n’était pas à la hauteur de son génie; toujours en désaccord avec lui-même, sa vie fut une longue suite d’inconséquences”*. »

. Le Prince Vilale, p. 180.

- Le Prince Vitale, p. 216.

. Olivier Maugant, p. 360.

. Le Roman d'une Honnête Femme, p. 259.

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