‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 118 sur 298 · Æ CO RO · texte numérisé non relu

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impérissable et infini qui l’inspire. Mais de par sa nature même et par son manque de pondération le génie souvent se détruit. C’est dans ce sens que Cherbuliez offre à nos réflexions cette citation de Montaigne : « Infinis esprits se trouvent ruinés par leur propre force et souplesse, » car « desrares et vives agitations de nos âmes naissent les manies les plus détraquées!. » Revenant au Tasse, son exemple par excellence, il s’écrie : « Oh! qui donc a faussé ce noble instrument? Qui a brisé les cordes de cette lyre d’or°?» La volonté irop tendue s’est rompue dans cette véhémente discordance

« Quelle lutte tragique de la folie et de la raison... O sort implacable! O dieux jaloux du génie et de la beauté! On croirait voir un Don Quichotte mystique dont la vie fut un rêve et que le hoquet de la mort a réveillé en sursaut*. »

Insuffisance manifeste du génie à se protéger de la vie qui l’oppresse : « Pourquoi faut-il que tant d'hommes d'élite restent des êtres incomplets“? » Folie plus ou moins apparente, plus ou moins fatale, presque indispensable : « Sans un grain de folie est-on vraiment poète”? » telles apparaissent les caractéristiques les plus frappantes de ces hommes dont : « l'office propre est de donner de grands exemples » mais qui ne réussissent souvent qu’à attirer sur eux la vindicte publique, car on craint d’instinct : « les grands hommes, ces grands fléaux... » Leurs exemples sont souvent perdus mais, la peur passée, on applaudit à la tragédie qu’ils ont jouées et dont ils ont été héros et victimes... « Le génie a cela de commun avec les révolutions qu’il fournit les peuples de spectacles”. »

Quoi d’étonnant que le grand artiste se laisse aller à l’amertume et au mépris du monde et de ses jugements? Dès le début de sa carrière il a su s’estimer supérieur à eux : «il est né avec le mépris du succès*. » On met sur le compte de son dérangement ses actes de renoncement ou de dégoût. Comme Le Tasse sur le point de mourir il a le désir d’anéantir son œuvre dont il juge la société indigne par son ignorance : « On s’enquit de ses derniers désirs : « Je n’en ai qu'un », répondit-il, « c’est qu’on brûle ma Jérusalem ».

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