‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 121 sur 298 · Discours de réception, d'Émile Faguet · texte numérisé non relu

Discours de réception, d'Émile Faguet

3. Etudes critiques de la littérature contemporaine, E. Schérer, 1885. 4. Discours de réception, d'Émile Faguet. Réponse d'É. Ollivier.

savons. Ainsi M. Georges Meunier concilie-t-il l’homme et son œuvre en apparent désaccord :

« Sa conception de la vie est faite, dit-il, d’un scepticisme atténué par une vive sensibilité, dans laquelle il puise des trésors d’indulgence. Cette sensibilité même est la source d’un optimisme inébranlable*. »

S'il a cru enfin à l'efficacité de la morale en tant que règle de vie, c’est sans doute parce qu’il fut lui-même un être essentiellement probe et parfaitement moral. Dans le discours pour les obsèques de Victor Cherbuliez (prononcé le 4 juillet 1899) Brunetière le proclame bien hautement et personne n’a, à ce jour, pu affirmer le contraire et nier cette intégrité de tous reconnue : « Ce que nous regrettons le plus, s’écrie-t-il, c’est lui, c’est lui-même, c'est l’homme qu'il fut, et c’est, Messieurs, la « valeur morale » qui disparaît avec lui. »

Quelle est, selon Cherbuliez, la nature de la morale ?

Reconnaissant à l’homme deux tendances dans sa manière de vivre et de penser : l’une qu’il adopte dans ses rapports avec ses semblables, l’autre à son usage personnel; il en conjecture au moins également un double code moral. D'abord la morale de convention, et la morale personnelle : « Point de morale! il en est jusqu’à deux... L’une qui revêt mille formes diverses, qui varie selon les temps et les lieux, est une loi de convention comme les règles du whist et du piquet. Les gens d’esprit affectent de la respecter, car il faut toujours parler la langue du pays qu’on habite. Leur seule ressource est de tricher tant qu'ils peuvent quand on n’a pas l’œil sur eux...

« Si je méprise la morale de convention, il en est une autre universelle, invariable et sacrée que je respecte infiniment. Elle nous commande de chercher notre bien *. »

Avec une légère variante, il dit encore : « Elle (Jacquine Vanesse) avait conclu qu’il y a deux morales, l’une qu’on enseigne et qu'on ne pratique pas, l’autre qu’on pratique et qu’on n’enseigne qu’à soi-même *. »

Ironiquement il définit la morale à l'usage de ceux qui se croient obligés d’en avoir. C’est ce whist social dont il a parlé :

« Ne te gène pour personne! » C'était le premier chapitre de sa

1. Vie el Œuvres de Cherbuliez, par Georges Meunier, professeur à l’Université, Hachette, 1901.

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