Jacquine Vanesse, p
morale. « Ne gêne pas les autres. » C’était le second. Comme on voit, cela faisait une morale complète. « Devoirs envers soi-même, devoirs envers le prochain, tout s’y trouvait! ».
Et, soit dit en passant, nous pouvons reconnaître dans cette profession de foi la définition même de la liberté telle qu'elle a servi à former la base des Droits de l'Homme et du Citoyen. C’est le minimum qu’une morale d'ordre négatif, ou peu s’en faut, nous offre.
Mais Cherbuliez va heureusement plus loin. Il voit une double harmonie dans l’homme et dans la société dont il est sorti et dont il vit : C’est l’ordre. Là il placera la véritable fondation de la morale. Non pas seulement sans doute dans les conventions sociales qui favorisent trop le nombre, ni dans la recherche du bien individuel, qui n'est qu’une forme modifiée d’un égoïsme trop fréquemment improductif, mais dans la forme de l’esprit et de l’homme et des institutions :
« Mettez-vous dans la tête que la morale est l'esprit des institutions évoluant sans cesse. La morale les accompagne dans leurs métamorphoses... J’en conclus que l’homme est né pour l’ordre, qui est la loi naturelle de la vie?. »
On est tenté de souscrire au jugement de cet auteur qui fait de Cherbuliez un homme du xvim° siècle, croyant au progrès en vertu de la perfectibilité indéfinie de l'individu au sein d’une société sans cesse en voie d'amélioration et nécessairement fonction d’elle.
Pour que la morale ait un sens, il faut que l’homme soit partie intégrante d’une société ordonnée : « L’homme ne devient un être moral que lorsqu'il fait partie d’un tout dont il dépend et dont il partage les destinées *. »
Mais dans cette morale collectiviste l’homme doit rester conscient de lui-même et du rôle qu’il est appelé'à remplir. D’où les devoirs qu’il doit s'imposer afin de se conformer à la norme, le premier étant de se posséder pleinement : « Notre premier devoir est de réagir contre nous-mêmes *. » À ce prix seulement, pourra-t-il conserver le respect de soi-même : « Le respect de soi-même est toute la morale”. »
L’honneur qui provient de ce respect entre en jeu dans le rapport