Le Secret du Précepteur, p
de l’homme avec ses semblables. Il est le ressort de beaucoup de nos actions méritoires : « L’honneur nous pousse à faire plus que notre devoir pour accroître nos droits et surtout pour acquérir le plus précieux de tous, le droit au respect... Pascal l’a dit : « Nous « voulons vivre dans l’idée des autres d’une vie imaginaire, et cette « vie imaginaire nous travaillons incessamment à la conserver et à « lPembellir*. » ‘
Devoirs envers le monde, devoirs envers soi-même, sur un plan plus élevé, et voilà la morale véritablement supérieure. Ses commandements et ses règles sont comme les lignes de force qui se forment autour de deux centres de polarisation. Ces centres, Cher- buliez les dénomme honneur et justice : « Le respect du droit
d'autrui s’appelle la justice... l’attachement passionné à son propre droit s’appelle l'honneur. L’honneur et la justice, la justice et l'honneur, voilà toute la morale ?. » Avoir à cœur d’obéir à ces deux grandes lois, c’est observer le code de l’honnêteté : « Je crois qu’un honnête homme est celui qui respecte la foi jurée et le bien d’autrui*. »
De la première de ces forces, nous verrons ce que Cherbuliez en pense. Quant à la seconde, il voit en elle une entité immuable, invariable, parce qu’elle fait si étroitement partie de l’âme. Sans elle, pas de morale véritable possible : « Il n’y a dans le ciel qu’une étoile qui ne change jamais de place, et dans l’âme humaine qu’un point fixe : cela s’appelle l'honneur, et l'honneur est fort gênant*. »
La Société se charge d’ailleurs de fortifier en nous notre pouvoir moral. Ces institutions qui sont son œuvre, la Religion et la Philosophie, se sont de tous temps disputé le monopole de l’enseignement de la Chose Morale : « Il faut aussi que la Religion et la Philosophie s’en mêlent, l’une persuadant aux hommes que l’humanité est une famille et le malheureux un être sacré, l’autre leur enseignant la solidarité et toutes les destinées”. »
Mais gardons-nous de rationaliser outre mesure lorsqu'il s’agit de notre conduite. Cela mène aux règles inflexibles, injustes quelquefois, qui excluent les faiblesses humaines. Religion et Philosophie pèchent par excès de dogmatisme. C’est pourquoi le monde à mesure qu'il grandit et apprend par l’expérience, tend à déserter