La Bête, p
ces deux grandes écoles du devoir : « Prenons-en notre parti, le dogmatisme a fait son temps; de plus en plus il faudra remplacer les leçons de morale par des leçons de sagesse et l’enseignement doctrinal par des leçons de choses !. »
Les moralistes de profession n’ont pas su rendre la morale aimable, ce serait d’ailleurs assez difficile, car si elle repose sur la vertu, si elle est une règle de vie, elle doit se conformer à cette dernière et « Le fond de la vie est le renoncement?. » Et Cherbuliez ajoute : « Par malheur le renoncement n’est une vertu que lorsqu'il est volontaire *. »
La figure rebarbative de la morale est due à ces esprits moroses qui ont toujours pensé que la vertu ne saurait s’offrir à nous que sous le masque de l’austérité. Ils furent, il est vrai, pires au moyen âge qu'ils ne le sont présentement, et ils réprouvaient hautement tous les signes extérieurs de la joie de vivre : « Ne savez-vous pas qu’au douzième siècle les moralistes dont le métier fut de se plaindre toujours reprochaient amèrement à leurs contemporains et la courbure de leurs pigaces et leurs robes traînantes qui balayaient la poussière, et l’artifice infini de leurs frisures, et leur cottes d’écarlate marchetées de fourrure, et leur effrénée passion pour le vair et le gris°. »
Le puritanisme, le calvinisme, et toutes les doctrines étroites qui se sont acharnées contre des vétilles au nom de la morale éternelle, ont fini par lasser les gens intelligents. La puérilité de cette morale officielle les en a libérés : « Je ne crois pas beaucoup à la morale, » dit Trayaz, l'homme qui a vécu durement et n’a pu compter que sur sa propre énergie. « Heureusement, je suis un cérébral”. »
Et c’est ainsi que ceux à qui ces règles 1llusoires ne sauraient en aucune façon convenir, adoptent, puisqu'il le faut bien, la morale négative la plus commode et la plus inoffensive : « Un égoïsme intelligent accompagné de la sagesse et d’une petite quantité de sympathie, altruiste, qu’on dose à volonté, voilà une morale qui a bon air et qui ne coûte pas*. »
Mais revenons à la justice, un des grands mobiles de la morale en action : « La justice, affirme Cherbuliez, est la première des