La Béle, p
vertus‘. » En effet, si l’exercice d’une vertu n'offre pas toujours beaucoup d'agrément, celui de la justice semble en être encore plus complètement dépourvu que les autres : « La vertu consiste à faire sans trop de répugnance des choses désagréables, et de toutes les vertus la plus désagréable à pratiquer est assurément la justice?. »
La justice en effet punit plus souvent qu’elle ne récompense. Étant destinée à servir à tous, il faut qu’elle soit générale et égalitaire; mais le cœur humain n’admet que des cas particuliers et ignore les équations, de sorte « qu’une justice sans clémence et sans pitié est une fausse justice”. » La justice est dure à administrer parce que le cœur humain subit volontiers la molle contrainte du pardon : « Si j'étais juge, je voudrais que la condamnation suivit la faute dans les vingt-quatre heures; quinze jours plus tard, je craindrais de n’avoir devant ma barre qu'un crime et plus de criminel“. »
La justice ne tient pas assez aux choses du cœur pour être vériblement humaine, et simplifie trop pour pouvoir se réclamer de la raison. Elle se contente de devenir le devoir dans toute sa rigide adhérence aux principes établis. C’est sa manière à elle d’éluder la question : «On a bien raison de prétendre qu'il est plus facile de faire son devoir que de le connaitre. »
La justice qui ne raisonne pas mais punit est une justice étroite indigne des cœurs généreux, et bonne tout au plus à servir aux gens médiocres qui ont besoin de se protéger : « Je me défie de la médiocrité qui hait ce qu’elle ne comprend pas, et de la petite morale qui tue la grande‘. »
Cette justice, force aveugle qui frappe, ne comprend vraiment pas, ne juge vraiment pas. Le vrai jugement qui vient à la fois du cœur et de l'esprit, c’est la conscience qui peut l’exercer : « Quand on à une conscience on s’en sert pour porter des jugements’. » C’est son privilège, car justicière, elle s’épargne moins qu'elle n’épargne autrui. Elle va plus loin que la justice, car elle est la conception que chacun de nous se fait de l'honneur par l’accom-