‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 127 sur 298 · Olivier Maugant, p · texte numérisé non relu

Olivier Maugant, p

d'ordre supérieur déroutent ceux qui mesurent toutes choses à l'unité de la morale commune. Incapable de comprendre, ils vous diront, parlant d’un de ces indépendants : « ...il est insolemment personnel... Partez du principe qu’il est sans conscience”. »

Leur morale, sans cesse égale, ne peut admettre les écarts. Que diront-ils de ce type d'homme assez répandu dont Cherbuliez, notant l'instabilité, déclare : « 1l fit tour à tour selon son habitude plus et moins que son devoir* ? »

C’est très commode, une conscience qui a de bons principes pour la guider. La conduite est facile à suivre lorsque, comme dit notre auteur, la montre est bien réglée; mais est-ce là une conscience de bon aloi ?

« Je me suis toujours défié des hommes à principes”, » s’exclame Cherbuliez par le moyen d’un de ses truchements. Ils ignorent les défaillances de la conscience, car sachant toujours où ils vont, ils n’ont cure de l’interroger ; et cependant même pour les meilleurs : « …il est des heures troubles où la conscience se brouille, s’effare, balbutie. Alors il faut se servir de la conscience d’autrui*. »

«La conscience des gens passionnés est sujette comme toutes leurs autres passions à des crises. Au milieu des excès il arrive qu’elle s’émousse, car pour eux la conscience veut dire impulsion généreuse, indignation splendide, contre l’injustice du monde ou du sort ; or … dans Ja vie de désordre .. la première faculté qui se perd est celle des longues indignations*. » Il se peut même qu’elle disparaisse entièrement au contact de l’existence trop compliquée pour eux. Les juger trop sévèrement ne sert à rien : « Il lui faisait l’effet d’un monstre. Elle se trompait; ce n'était qu’un enfant gâté qui avait perdu sa conscience dans le grand jeu de la vie‘. »

Principes et scrupules, voilà les points extrêmes entre lesquels oscille la conscience des bien-pensants. Mais si Cherbuliez se défie des gens à principes, ceux qui s’attachent à leurs scrupules qui ne sont après tout que des principes non formulés, lerebutent également: « Rien n’est plus lassant que les gens à scrupules'. »

Les principes et scrupules sont les éléments dont la morale collec-

- La Béle,, p. 340.

. Une Gageure, p. 41.

. Après Fortune Faite, p. 162.

. Stanislas Bolski, p. 259.

. L'Idée de Jean Téterol, p. 298.

. Stanislas Bolski, p. 331.

. Le Secrel du Précepleur, p. 318.

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tive se passe le moins. N’est-il pas de salut en dehors de ces règles, qui sont comme la commune mesure des consciences orthodoxes ? L'auteur, dans son esquisse de Joseph Noirel, caractère faible et impulsif, nous fait aussi son portrait moral : « Il ne savait pas en vérité ce que c'était qu'une conscience intermittente, il ne croyait guère à la conscience d'autrui‘. » De lui, il a déjà dit autre part qu’ « .… à défaut de scrupules, il avait de inquiétudes”.

L’ Hnettde semble, RADEÉANDITE moraliste, êtreune tation certaine d’une conscience qui s’ignore ou qu’on n'a pas apprivoisée. C'est un élément en quelque sorte étranger à l'individu, un désir de bien faire ou une impulsion vers la justice. Chez les animaux elle existe, et elle est sans doute une obscure forme de l'instinct, plus évidente toutefois que chez nous autres humains, car : « Nous n’avons pas comme les fourmis l'inquiétude du devoir, » fait observer Cherbuliez dans son étude de La Bête.

Cette conscience voilée que l’un de nos interlocuteurs a dénommée l « Autre » existe cependant, semble-t-il, en puissance chez chacun de nous : « .. il est faux que l’homme n'’agisse que par intérêt; si féroce que soit son égoïsme, il v a au fond de son âme quelque chose d’impersonnel que rejoint la justice et que l'injustice révolte‘. » Ce quelque chose d’impersonnel dont la conscience a tant besoin, est-ce une divine résistance de l’esprit aux débordements de la brute? Est-ce une sublimation de l'être? Est-ce le consentement à la création par la souffrance ?

Cherbuliez trouve : « ...que le fond de la vie est un inexorable refus et que tout se termine par la victoire de quelque chose de sourd, d’implacable et de morne que l’homme appelle, selon les cas, le destin ou le devoir. »

Si la conscience par ailleurs est le jugement d’un cerveau perfectionné sur un corps de bête qui n’est pas perfectible (comme il a été dit plus haut), il est évident qu’alors même qu’elle puisse paraître injuste, elle est susceptible de grandir et de s'améliorer. Elle devient, l’âge aidant, le respect de soi-même, le désir qu'a l’homme d’être considéré, d’où l'honnêteté relative de la majorité des êtres vivant en société : « La considération! tant qu'on est jeune et que la passion parle, il semble que ce n’estrien; mais à peine avons-nous un cheveu

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