Noiresel Rouges, p
blanc, notre bonheur dépend de l’opinion ...Une honnête femme n’a rien de mieux à faire que de rester honnête : c’est le seul métier qu’elle fasse bien; elle n’a pas de talent pour autre chose; on est toujours gauche dans le mal quand on est embarrassé d’une conscience‘. »
La conscience desgens intelligents estd’ailleurs facilement satisfaite lorsqu'il s’agit de leur demander de juger nos actes; car la raison dépasse toujours les principes et les préjugés, produits de la tradition et de la superstition : « On ne se met guère en peine de contenter les gens raisonnables, on les renvoie au témoignage de leur bonne conscience”. »
Quant à notre conscience à nous, c’est une autre affaire : elle nous sert à décider de notre propre conduite, elle seule. C’est là sa fonction très restreinte : « Notre conscience est destinée à notre usage personnel, il ne faut jamais s’en servir pour le compte de nos amis*. »
Nous avons essayé d'offrir une interprétation des idées de Cherbuliez sur la nature de la morale, de là nous avons été amené à déterminer les moyens dont la morale est censée se servir pour arriver à ses fins : la justice, l'honneur, la conscience. Nous passerons maintenant à l’examen du champ dans lequel la morale s’exerce et nous terminerons par l'étude des buts qu’elle se propose.
Dans le domaine du bien et du mal jouent nos vertus et nos vices, aidés qu’ils sont de nos qualités et de nos défauts. Cherbuliez a-t-il pris position quand aux données de ce problème si longuement, si vainement débattu? Croit-il au bien ; n’y croit-il pas ? Pense-t-il avec La Rochefoucauld que « nos vertus ne sont pour la plupart que des vices déguisés? » Précurseur, encore qu’un peu vague, de Freud, pense-t-il que l’homme, qui n’a de morale que parce qu’il vit en société, a appris à faire le bien comme moyen d’assurer son succès dans l'existence? Estime-t-il au contraire que l’homme, bon à l’origine, s’est trouvé être corrompu par le monde ?
Son opinion n’est point si absolue : « Les uns prétendent que l'enfant est né pourri du péché originel, les autres qu’il naît gracieux et bon, que ses instincts sont aimables, comme parlait Rousseau. La vérité est qu'il n'est ni bon ni mauvais‘. » Et encore : « Le monde est esclave de sa paresse et de son plaisir; il