VAR
pole de la morale ordinaire, a su implanter fermement cette croyance. D’où l’idée émise par Cherbuliez que «.. cet univers est une grande maison de correction où bon gré, mal gré, l’homme étudie sous une discipline inexorable la loi inexorable du sacrifice‘. »
Mais lorsque la vertu ne possède pas cet élément d’abnégation ou de punition volontairement consentie, elle peut fort bien friser dangereusement le vice, car elle est fréquemment l’eflet des sophismes imposés à la conscience par la raison raisonnante : c’est une autre façon de contenter ses désirs. « Vous êtes de ces gens qui passent leur vie à faire de grandes parties de plaisir dans leur conscience. Cela ne vaut rien pour la santé?. » La vertu, pour certains qui savent persuader à leur conscience, est une commodité des plus utiles. Point n’est besoin pour ceux-là d’être vertueux pour faire usage de leur vertu: « Quoiqu’elle pût dire, elle se croyait à moitié sur parole : c'était moins une âme fausse qu’une conscience faussée. Rompue de bonne heure à la gymnastique du sophisme, elle‘y avait contracté une funeste souplesse et l’habitude de se persuader tout ce qui lui plaisait*. »
Ce sont les bases solides, les idées claires, qui font défaut, semblet-il, à ces gens vertueux d'occasion. Notre moraliste est convaincu que là est la source de tout le mal : dans l'incertitude foncière de l'individu, les vices prennent le visage de la vertu, les vertus celui du vice : « Le grand fléau de notre pauvre espèce, ce sont les idées confuses*. » Et plus loin : « Vous m'avez souvent prêché .. que les idées confuses sont notre plus grand ennemi. »
Dans le sens de dignité humaine paraît résider le principe moral de la vertu : cette vertu qu'on pourrait définir l'honneur bourgeois. Cherbuliez aime à l’étudier dans ses romans. Dans Olivier Maugant, par exemple, elle se révèle dans toute sa fierté et sa force : « Comme vous je me fais peu d'illusions sur le monde, je ne crois guère à ses vertus ; moins j'y crois, plus il m’en coûterait de rougir devant luif. » À un degré plus bas, l’orgueil a encore assez bonne tournure de vertu : « L’orgueil de M" Vanesse lui tenait quelquefois lieu de vertu”. »
. La Béte, p. 294.
. Paule Méré, p. 53.
. Méta Holdenis, p.259.
. Le Roman d'une Honnéte Femme, p. 14.