Prosper Randoce, p
Vices et vertus relèvent d’ailleurs à quelque degré de l'expérience ou de l’hérédité : « Nous n’héritons guère des vices et des vertus dont nous avons souffert’. »
Quant aux valeurs habituellement accordées aux vertus et aux vices, l’auteur s’écarte de l'opinion communément acceptée. IlLtrouve, par exemple, « que l’espérance est une vertu”, » car l’espérance se projette dans le temps et « le temps est le plus puissant des êtres abstraits*. » Du manque de réflexion, travers considéré d'habitude comme anodin, il fait une faute grave : « Étourderie! tes flatteurs te traitent de léger défaut! Que de catastrophes n’as-tu pas causées! Non, il n’est rien de plus pervers qu’une innocence qui ne raisonne pas*. »
Il estime de même qu’il « est des vertus dont l'exemple est dangereux pour la jeunesse”, » et méprise celui qui « aime à pratiquer les vertus qui ne coûtent rien“. » En fait, l’exercice de la vertu consiste selon lui à faire le bien d’une manière raisonnée, et, jusqu’à un certain point, acquise. C’est pourquoi il fait dire à un de ses personnages sympathiques : « Les seules vertus que j’admire, sont les vertus professionnelles, » quoiqu'il ajoute, il est vrai : « elles s’en vont à vau-l’eau’. » Pour qu'il y ait vertu il faut qu'il y ait “effort et sincérité. À ce prix seulement vaudra-t-elle aux yeux du Monde : « Si l’on entend par vertu une application courageuse et opiniâtre à un travail qu’on n'aime pas, on a raison de dire que dans ce monde la vertu est toujours récompensée*. »
Le vice sera, lui, tout obstacle au bien, même lorsqu'il prendra l’aspect de la vertu, mais sans qu'y entre entière sincérité : « J’ai découvert... que les fausses pudeurs, la fausse dignité, les faux honneurs sont les plus grands obstacles au peu de bien que nous pouvons faire ici-bas* ». Car le bien est un grand mystère auquel il nous est donné peut-être de participer dans la mesure où notre droiture etnotre bonne volonté nous le permettent : «Je me surprends à pressentir que la vie est peut-être un bien, que selon l’emploi qu'on
. La Ferme du Choquard, p.173.
. La Vocation du Comte Ghislain, p. 393.
. Le Roman d'une Honnête Femme, p. 65.
. Noires el Rouges, p. 171.
. Une Gageure, p. 49.
. Olivier Maugant, p. 76.
. L'Aventure de Ladislas Bolski, p. 258.