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les animaux : « Il ont sur nous l’inappréciable avantage de discerner spontanément par une sorte d'inspiration leur véritable intérêt. Dès les premiers jours de leur existence, ils adoptent sans effort le genre de vie qui leur convient‘. »
Du plaisir qui vient naturellement, plaisir constant qui tient en joie, découlera la vertu. C’est dans ce sens sans doute qu’il faut comprendre la phrase suivante, quoique au premier abord elle surprenne : « J’ai toujours pensé que la joie n’est pas en nous la récompense de la vertu, mais qu’elle en est la source”. » Mais le bonheur, en quoi consistera-t-11? Sera-t-1l le fruit de cette vertu raisonnable? Une des héroïnes de Cherbuliez s’exclame : « Valéry, je suis heureuse ; ne faut-il pas que je paie mon bonheur?”. » Aussi : « Les grands bonheurs se paient. » Dans Méta Holdenis le romancier y revient encore : « Le bonheur ne se donne pas, il s’achète*. » Et enfin : « Le bonheur ne se donne pas, il faut le conquérir*. » I semblerait donc que pour être heureux il faille verser des arrhes au destin. C’est bien l’idée qu'ont la plupart des humains lorsque par aventure tout leur sourit : « C’est trop beau, cela ne peut pas durer, » disent-ils. Nul en effet ne semble au nom de la morale commune avoir le droit de se soustraire pour bien longtemps au lot commun qui est le malheur.
Toutefois, il existe plusieurs bonheurs, qui, pour peu durables ou peu parfaits qu’ils soient, sont susceptibles de croître dans un milieu, pourvu que ce milieu soit favorable. Cherbuliez nous indique quelles sont les conditions propices à leur éclosion et à leur épanouissement. Il y a d’abord les petits bonheurs nés dans la tranquillité, nourris de peu : « [létait le type de ces petits rentiers de province qui attachent beaucoup de prix aux bonheurs négatifs, genre de jouissance presque inconnu à Paris où tout le monde a la fièvre’. » Le bonheur à ce compte devient souvent une question de climat : « Sous des cieux plus cléments que les nôtres, se sentir vivre suffit au bonheur* ; » et dans le même ouvrage : « Rome est le lieu du monde où le bonheur est le plus heureux°. » En vérité, le milieu favorable semble pour