Le Prince Vitale, p
beaucoup nécessaire au bonheur. Illeur faut pouvoir prendre racine : « Sur dix hommes qui se transplantent, il en est au moins huit qui végètent... les déclassés ne sont jamais heureux. On ne l’est qu’à la condition de s’adapter à son milieu, ce qui demande une certaine souplesse naturelle ou une éducation très intelligente... L'adaption au milieu, voilà le secret du bonheur. »
Diversement Cherbuliez émet l’idée que le bonheur le plus simple a besoin de calme pour prospérer : « Savez-vous ce qui est nécessaire au bonheur ? C’est la paix”. » C’est du moins une conception de la félicité qui en vaut bien une autre : « Un grand silence dans un petit espace me semblait tout le secret du bonheur”. »
C'est la nature humaine, dont il faut savoir restreindre les aspirations, qui l'exige, car : « L'homme est étrange. Comme l’a dit un vieux moraliste, il peut avoir satiété par Le peu, défaillance par le beaucoup. »
Mais ce bonheur fait de l’absence de peines et désirs, peu l’envient sans doute : « J’ai vu sur les côtes de l'Océan des bancs d’huîtres ; j’ai senti leur bonheur, je ne l’ai pas envié*. » « Que faut-il à l’huître pour être heureuse? Une écaille qui ferme‘. » C’est là une condition du bonheur, mais elle ne saurait suffire. Le bonheur a besoin du changement plus peut-être encore que de la stabilité. Est-il donc si exigeant et si peu raisonnable, ce Prosper Randoce qui déclare, montrant de la main le ciel étoilé : « C’est assez réussi, mais c’est toujours la même chose’? »
À vrai dire, il faut pour être heureux avoir des dispositions certaines : «Ilest... des âmes qui naissentavec une sorte de vocation pour le bonheur. » « [Len va du bonheur comme de la poésie : on naît heureux, on ne le devient pas°. » Parmi les chances sérieuses de bonheur, il faut compter une disposition d'esprit philosophe, grâce auquel on ne s’attend ni à recevoir trop de l’existence ni à s’alarmer des vicissitudes qu’elle comporte : « Beaucoup de scepticisme tempéré par beaucoup de bienveillance, un peu de commérage... un gros
. La Revanche de Joseph Noirel, p. 310.
. Paule Méré, p. 36.