‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 148 sur 298 · Samuel Brohl et Cie, p · texte numérisé non relu

Samuel Brohl et Cie, p

1 D à ww NN À»

air de folie, et que le monde s’y trompe quelquefois‘ ». Et surtout : « Mais la folie, n'est-elle pas la mère de la sagesse? »

En vérité, il semble que les philosophes soient ceux qui, reconnaissant les imperfections de leur nature ainsi que les travers du monde, font dans leur vie la part de la sagesse et celle de la folie : « Ces sages ont une provision de folie à dépenser, et il faut, bon gré mal gré, qu’ils la dépensent ; leur sagesse même est à ce prix. Aussi le carnaval est-il à Rome une institution de sûreté publique‘. » Avant d’être sage, sois homme, dira-t-on, ainsi sois faillible : « M. Maubourg est donc un homme parfait puisque dans l’occasion ce sage est capable d’être un fou‘. »

Au surplus, le sage véritable saura, même en matière de morale, maintenir libre son jugement : « Le sage ne consent à subir aucune tyrannie, pas mème celle de la conscience », car le problème de la sagesse, comme d’ailleurs celui de la raison, bien que plus vaguement, c’est à proprement parler celui de la recherche de la vérité. Grâce à notre raison nous nous efforçons de la saisir dans les circonstances qui exigent de nous un jugement fondé soit sur l’expérience, soit sur la logique.

Notre sagesse va plus loin, car elle tient moins compte des contingences et plus des valeurs universellement acceptées. Elle se montre en cela quelquefois plus courageuse, quelquefois plus timorée : « Gilbert raisonnait beaucoup, et il trouvait toujours Dieu au bout de son raisonnement*. »

La conscience, qui départage le vrai du faux, le bien du mal, n’oppose pas ces entités tant qu’elle leur assigne leur rôle véritable. Cependant elle les isole : « Tu m’accorderas bien... qu’il y a des idées vraies et des idées fausses. Les idées vraies sont celles qui nous viennent de la nature, les idées fausses sont celles que nous fabriquons nous-mêmes, à notre guise et qui les contrarient”. » Et « la nature est la grande ennemie de toutes les superstitions* ».

Décidément la vraie et la meilleure sagesse se devra définir indépendance d’esprit.

Page 1