Après Forlune Faile, p
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de changer de place ni celui de parler; cette sensibilité latente et confuse, cette vie qui est un rêve, ce sommeil éveillé, paraissaient à Silvère l'expression la plus parfaite du divin, et dans les moments où 1l adorait leur immobilité et leur silence, il s’étonnait que Dieu ne se soit pas contenté de se faire plante et ait eu la fantaisie de trouver mieux. La plante subit sa destinée ; l'animal et l’homme, qui se meuvent et parlent, sont tenus de chercher la leur‘. »
Dans l’absence d’agitation superflue, dans le recueillement, là se rencontrerait la sagesse si nous n’étions pas hommes : « Ce que la vie à de meilleur, ce qu’elle a de vraiment divin, c’est le silence?. » Mais comme la dit Cherbuliez, la vie n’est pas ainsi, et puisque nous sommes contraints d’obéir à la loi du changement il faut bien en conclure avec lui que « la vie la plus heureuse n’est qu’un paradis intermittent* ».
Si ce n’est donc que le bonheur que recherche notre pauvre sagesse, n’en serons-nous pas inéluctablement conduits à l'aller trouver dans la mort?
« Qu'est-ce que la mort? Un divin distillateur qui fait tomber au fond de l’alambic les principes lourds qui doivent y rester, et en dégage ce qui doit s'envoler, cette huile subtile qui est notre vrai moi, notre moi complet, sans les altérations que lui font subir les hasards de la destinée“. » Et, cependant, sommes-nous sûrs que mourir ne soit pas non plus une autre façon d'aboutir à un lamentable échec ? « Dans ce misérable monde la mort elle-même est une duperie*. »
Quelle philosophie alors recommander aux désabusés, aux cyniques ? Celle du monde d’aujourd’hui à l’incurieuse indifférence ? « Notre société moderne s'entend mieux à dissoudre qu'à créer ; laissez aller, laissez faire, laissez passer, voilà le résumé de sa misérable sagesse‘. » Encore que plusieurs à l’esprit morose y puissent trouver une certaine satisfaction : « Tout disséquer et tout mépriser, c’est encore une façon d’être heureux’. » Mais non, lhomme n’est pas fait pour ces mornes et arides désespoirs. Le bonheur n’est pas à sa portée, la raison et la sagesse ne lui offrent
. Après Fortune Faite, p. 104.
. Le Fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur. p. 298. . Apépi, p. 39.
. Jacquine Vanesse, p. 161.
. Idem., p. 143.
. La Vocation du Comte Ghislain, p. 62.
. Samuel Brohl et Cie, p. 247.