‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 159 sur 298 · Buloz el ses Amis, Marie-Louise Pailleron, p · texte numérisé non relu

Buloz el ses Amis, Marie-Louise Pailleron, p

resser des questions de métaphysique religieuse encore qu’il ne consentît pas lui-même à lier partie avec un camp ou avec l’autre. Tout à fait au fait en matière de dogmes, il ne se laissa pas tenter par la controverse. Protestant de naissance, descendant {si l’on admet la question généalogique comme résolue) de protestants, fils de pasteur protestant, iljuge souvent fort sévèrement ses coreligionnaires et souvent aussi fait l'éloge de la religion catholique, sans qu’on puisse dire, bien entendu, qu'elle ait en rien sa préférence.

Dans Paule Méré, déjà nommée, faisant allusion à l'intolérance étroite du peuple genevois, il nous dit que celui-ci « ne met plus Michel Servet à mort, mais qu’il n’est pas fâché de lui rendre la vie difficile ». Certains portraits de pasteurs et de prudes, poriraits qu’on assure avoir été pris sur le vif, d’où le scandale à Genève lorsque parut l'ouvrage, nous font voir la religion protestante souffrant des mêmes petitesses et des mêmes mesquineries qu’on a coutume de reprocher à certains milieux catholiques. Par contre citons cet éloge de l'ordre des Jésuites et de leurs méthodes si souvent attaquées : « Ceux qui ont décrié les Jésuites pour avoir investi la casuistique ont oublié qu’elle apparaît nécessairement à toutes les époques, où la société s’étant raffinée, la morale se raffine aussi et s'efforce d’accommoder ses abstractions aux réalités ; ils ont oublié que le sujet de L’Antigone de Sophocle est un cas de conscience et que Sénèque a rédigé la casuistique du stoïcisme*. »

Nous verrons toutefois que Cherbuliez sait trouver aussi autre chose que des louanges à l’adresse des Jésuites.

Le Prince Vitale, livre diversement jugé et qui est comme le compte rendu de la tragédie de la Renaissance, nous est utile également car il nous apprend à connaître les théories propres à Cherbuliez sur l’histoire des religions, des arts et de la philosophie. Comme on l’a justement fait observer, cet ouvrage, supposant de la part du lecteur une assez forte dose d’érudition, ne saurait jouir de beaucoup de popularité. Ce qui est regrettable à bien des égards. Toutefois on se demande si les expressions d’admiration extasiée d’Amiel à sa lecture sont entièrement justifiées.

Il note dans son journal, à la date du 5 avril 1864, qu’il l'a lu deux fois, avec admiration et presque éblouissement”.

Ce dernier mot étonne un peu, Le Prince Vitale, n'ayant pas à beaucoup près, l’éclat des Causeries Athéniennes. Au reste, les deux

4. Cit. L. Leguay, p. 24 : Articles sur l'esthétique de Théodor Vischer. Revue Germanique, 1860.

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