Du 4 juillet
3. Annales politiques et littéraires; mariage de Victor Cherbuliez, dans Silhouette el croquis, 23 juillet 4899.
n'oublia point »'. Et pour continuer de citer l’auteur évidemment très partial de ces renseignements : « Au retour, campagne de médisances. De toute cette boue, il ne sortit que trois fleurs : deux cœurs toujours plus épris et un livre charmant : Paule Méré. Un coup des parents (?) fit se cabrer toutes les belles âmes... Ce fut un scandale énorme. On se maria en toute hâte et bientôt Cherbuliez... demanda l'hospitalité à la France »*. Ce dernier détail nous semble fortement sujet à caution, car nous savons au contraire que le jeune homme « ne se pressa pas d'aller se fixer à Paris bien que Buloz l’en priât avec insistance ».
Cherbuliez n’eut pas à se repentir d’avoir épousé la modeste et honnête lectrice de la tante Bourrit : Madame Cherbuliez fut toujours pour son mari « une incomparable compagne pleine de sens et de tact, pensant et sentant avec lui, le comprenant et l’aidant même de ses conseils »”. Leur union fut donc de tous points idéale et nous apprenons que lorsque la mort vint enfin la dissoudre, il en resta inconsolable.
La dédicace d'un de ses romans genevois : La revanche de Joseph Noirel, est assez significative :
« À celle qui désirait que cette histoire d’un riche qui se sentait pauvre lui fût dédiée, ayant toujours pensé, jusqu'à sa mort, que selon le mot du poète richesse ne fait pas riche, que pour l’être, il faut avoir une âme et la donner, et pouvoir prendre pour devise ce vieux vers qu’elle aimait : « Ni vous sans moi ni je sans vous ».
Si un auteur de romans romanesques n’a eu dans sa vie qu’une passion, n'est-il pas permis de présumer qu'il la mettra dans tous ses livres? Dans le cas de Cherbuliez, cependant, étant donnée sa réticence bien connue sur tout ce qui touche à sa vie privée, on ne saurait l’affirmer avec une entière certitude. Et malgré tout, de même que l’auteur reparaît lui-même avec régularité dans ses divers romans sous les traits de l’aimable raisonneur, de même les jeunes filles ou jeunes femmes qui sont dépeintes inlassablement, timides, tendres, fidèles et admirablement loyales, ne sont-elles pas à leur manière les portraits de l’épouse qu'il a tant aimée?
Nous donnons dans un chapitre ultérieur des passages de Paule Méré, le roman qu’on a prétendu avoir été inspiré par la propre
-idylle du romancier. Qu'il nous soit permis de recopier un de ces
4. Journal de Genève du 4 juillet 1899, M. D. 2. Sithouettes et croquis, voir supra.