Journal de (Genève, ibid
passages : « L'esprit de Paule est l’esprit d’un cœur, le cœur de Paule est le cœur d’un esprit et voilà pourquoi je l’aime autant que je l’admire et la révère autant que je l’aime »'. Un idéal commun, une sérénité tranquille et une estime réciproque, telles furent les marques de cette parfaite union et telle fut la mesure de ce bonheur partagé.
Premier séjour à Paris. — « Sur la chronologie exacte des divers séjours de Cherbuliez en France, en Allemagne, nous sommes mal renseignés. Il vint d’abord à Paris, suivre au Collège de France, les cours de sanscrit que professait Eugène Burnouf; ce devait être pendant l’année scolaire 1849-1850° », dit l’un. D’autres* affirment que c'était vers 1857.
Toutefois la date de 1850 nous paraît plus probable, surtout si on admet, comme il a été dit par Faguet par exemple‘ que son séjour de Paris dura trois ans. En effet, la période passée à Bonn qui suivit ayant été d’un an, cela nous mène à l'année 1854 pour son arrivée à Berlin, époque où il devait rencontrer Schelling lequel mourut dans la seconde moitié de la même année.
Outre les cours de. sanserit le jeune homme suivit : « ceux de philologie (également de Burnouf), ceux d'Ampère sur l’histoire de la littérature française au moyen âge, de Michelet sur l’histoire moderne, de Jules Simon sur la République de Platon. Ici l’élève s’aperçut que le professeur parlait de tout pendant la leçon, sauf de Platon.
Il fit le même reproche plus tard à Schelling lorsqu'il vint en Allemagne le visiter. Le vieil homme négligea de lui dire un mot de philosophie. « Oh! l’habile homme! » dira Ernest Renan.
Mais l'étudiant ne passait pas tout son temps dans les salles de conférence : il allait flâner au Musée du Louvre et allait volontiers dans les expositions de peinture. Vingt ans plus tard il rappelait « l’ineffaçable souvenir » que lui avait laissé, lors d’un autre séjour, le Salon de 1855°.
De même nous savons qu'il était un fidèle habitué de nos théâtres.
. Paule Méré, pp. 202-203.
. Leguay, p. 18.
. Recherches faites par l'intermédiaire de la Bibliothèque Nationale.
Éloge de Victor Cherbuliez par E. Faguet. Séance de l’Académie, 48 avril 4901. . Revue des Deux Mondes, 1er août 1878.
. Montégut, Dramaturges et romanciers ; de même Ducros Revue politique.
EH
Avec Burnouf il était à bonne école. Renan dans son Discours de Réception de Cherbuliez l’en avait félicité, appelant son professeur «le premier maître de notre siècle en fait de philologie et de critique ».
Du reste si de nouveaux intérêts sollicitaient le jeune étranger, il n’en demeurait pas moins fort altaché aux sujets pour lesquels il s’était passionné à la faculté de Genève. À nouveau citons à cet égard Faguet : « Il suivait trois ans de suite le cours de Burnouf, et il scrutait avec une égale opiniâtreté Hegel et Aristote ‘».
Ainsi la continuité de son éducation philosophique se trouvait maintenue par lui et ainsi s’expliquera, en partie du moins, sa décision d'aller éventuellement demander à l’Allemagne l’orientation dont avait besoin son esprit.
Il serait sans doute erroné de vouloir montrer, si tenté qu’on puisse l'être, l’influence sur le développement de la pensée de Cherbuliez étudiant, des grands maîtres du mouvement réaliste de la France du xix° siècle. À cette époque (1850), en effet, l'heure de Claude Bernard, de Renan, de Taine et de Flaubert n’avait pas encore sonné.
C’est pourquoi, s’il est possible que Victor Cherbuliez eût lu quelques études sur la langue grecque publiées en 1849 par Renan, on ne saurait encore parler d'influence exercée par cet écrivain sur son esprit, pas plus que de celle de Taine.
Par contre il se peut que Cherbuliez ait assisté aux cours d'Edgard Quinet, à ceux de Guizot; qu’il ait été influencé par Michelet et sa façon de présenter l’histoire intégrale, par les idées d’Auguste Comte sur le positivisme.
1850 c’est encore la date de la mort de Balzac. On sait que par certains côtés Cherbuliez se rapproche de la manière du grand homme. La disparition de ce dernier et l’actualité redonnée de ce fait à son œuvre, contribuèrent-elles, comme c’est souvent le cas, à établir un courant momentané qui s’exerça sur Cherbuliez, cela est encore possible et même vraisemblable.
Le jeune Suisse, dont nous avons déjà noté la réserve comme caractéristique dominante de sa façon de vivre en société, n’était guère liant. On ne se l’imagine pas aisément s’efforçant de forcer les portes des cénacles à la mode. De ses amitiés, de ses fréquentations du Paris qu’il connut alors il nous reste peu de choses. Plus volontiers on se le représente dans le rôle d’un Promeneur solitaire,