La Revanche de Joseph Noirel, p
précieux, quelque chose surtout qui correspond à un véritable besoin. Nécessaire paraît à ce compte la religion car : « la sagesse ne peut expliquer toutes les absurdités apparentes des choses, et il est bon qu’il y ait ici-bas des robes noires pour rappeler aux hommes que leur vie est enveloppée dans le sein d’un éternel mystère comme le fœtus dans les eaux de l’amnios!. »
Pour faire taire nos inquiétudes ou pour les bercer, la religion paraît donc nécessaire. Mais peur et curiosité, ce n’est pas tout : il y a dans la nature même de la religion une sorte de levain d’adoration que possède l’homme à ses différents degrés de civilisation et dont il se sent travaillé :
« IL s’est fait dans la conscience humaine comme un travail d’enfantement, comme une sourde végétation de Dieu, jusqu’au jour où il plut à la vérité sainte de se déclarer tout entière dans la personne du désiré des nations*. »
Ce qui paraît attester la nature puissante et vraie des religions c'est leur longévité : « Les sociétés changent, les religions ne changent pas*. »
Pour beaucoup d'hommes, on pourrait peut-être dire pour la vaste majorité, vivre en se conformant à une religion semble une chose facile et même agréable, surtout depuis que les lois religieuses se sont tellement relâchées. On aime accepter des vérités qui s'imposent et dans lesquelles le jugement humain si faible, si incertain, peut se perdre en toute confiance. Envisagée sous cet aspect la religion nous est définie encore différemment par Cherbuliez : « Oui, la religion, c’est de se trouver bien dans la vérité”. »
Mais respecter la religion parce qu'elle est la première « science » qu'on nous impose avant que nous ayons alteint même l’âge de raison constitue pour nous un aléa. La vie rejette trop souvent sur nous la responsabilité de nos actes pour que nous ne nous apercevions pas que la « bonne Science » ne nous est pas toujours indispensable; de là à l'indifférence, voire à l’incroyance, il n’y a qu'un pas. | L'homme a besoin de quelque chose d’autre pour rester religieux : il lui faut une foi très profonde, très sincère et très personnelle.
Cherbuliez nous le dit explicitement : « Tant vaut l’homme, tant
. Prosper Randoce, p.199.
. Le Prince Vitale, p. 268.
. La Vocation du Comte Ghislain, p. 55.