‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 162 sur 298 · Le Comte Kostia. p · texte numérisé non relu

Le Comte Kostia. p

vaut sa croyance‘. » La foi à ce compte c’est presque un don naturel. Dans Rouges et Noires, l’auteur nous décrit une demoiselle Maulabret qui avait des «dispositions » religieuses :

« Personne n’eut jamais plus qu’elle le don de croire.»

Pénétrées de la conviction absolue que Dieu est et qu'il est par essence infiniment bon et infiniment juste... : «ces âmes vraiment croyantes trouvent toujours des excuses à leur Dieu quand il les trompe”. » Point n’est besoin que pour elles intervienne le témoignage de la raison, elles n’en ont que faire; elle gêne plus qu’elle n’aide ces fois inébranlables. « Le peuple, dit encore notre auteur, aime tant à croire‘. » Mais la foi semble même un défi à la raison : « Tertullien disait : je crois parce que c’est absurde’, »

Mais outre les bons sujets, terrain dans lequel la semence de la « bonne parole » pousse sans difficulté, il y a encore ceux à qui croire ne coûte pour ainsi dire rien, car ils sont bien décidés à ne pas mêler leur vie intérieure et celle de leurs sens : « Superbes, vaniteux, vindicatifs, ces petits hommes font à Dieu le sacrifice de leur raison à laquelle ils tiennent peu, et ils se gardent de lui sacrifier la moindre de leurs passions auxquelles ils tiennent beaucoupf. »

Car la croyance exige avant toute chose une lutte, un renoncement, du moins la croyance qui vaut quelque chose. Ce renoncement c’est quelquefois l’abandon d’une vie trop complètement livrée aux sens; telle fut celle de « Saint-Augustin... ce voluptueux détrompé’. »

Cette lutte peut-on franchement l’espérer de: « ces consciences béates qui en attendant la possession des demeures éternelles cherchent leurs aises ici-bas, ces saintetés bien disantes et bien dormantes qui ont le teint fleuri et l'humeur enjouée et qui font l'hommage de leur sourire à un Dieu crucifié* »

Qu'il nous soit permis en Des Sa nt de faire ressortir, mêlée à l'ironie froide et méprisante de Cherbuliez, la note à notre avis authentique de sincérité et de vénération... Ceci pour faire réponse à certaines allégations formulées plus ut:

. Prosper Randoce, p. 154.

. Noires el Rouges, p. 9.

. Idem, p. 14.

. Olivier Maugant, p. 328.

. L'Idée de Jean Télerol, p. 294.

. Olivier Maugant, p. 96.

. La Vocation du Comte Ghislain, p. 223.

. Le Roman d'une Honnéle Femme, p. 264.

COMRO DE

Il cite: « Ce mot de l'Évangile qui parle de cette douceur des violents qui ravissent le royaume des cieux”. »

Ses souvenirs bibliques lui fournissent la forme parfaite où couler son idée: « Comme Jacob l'homme doit lutter avec Dieu*. »

Et encore: « Je porterai mon glaive caché sous une branche de myrte*. » Calviniste dès son bas âge, il n'oublie pas tellement facilement les leçons apprises àcette époque : « On aime la religion qu'on a sucée avec le lait comme on aime son pays natal; c’est une fatalité"... » Or, les leçons du Calvinisme sont avant tout des leçons de dureté; foi et sacrifice doivent aller de compagnie.

Quant à l'évidence grâce à laquelle cette foi s'éveille et grandit et devient une force irrésistible, qu'en peut-on dire ?

Pour qui sait croire elle est partout: « Il lui semblait que Dieu est aussi évident que le soleil et que l’athéisme annonce un obscurcissement de l'intelligence”. »

La Divine Présence a-t-elle besoin de se manifester d’une façon éclatante à qui croit honnêtement et sincèrement ?:

« Je crois comme les sauvages à un grand esprit qu'on trouve partout où on ne le cherche pas. /n eo vivimus et movemur ».

Mais quelquefois cet esprit devient impérieux, sa divinité glace: « L'Esprit du Seigneur est passé sur moi et j’ai senti mon poil se hérisser”.. » Par l’habile addition d'expressions tirées des Écritures, Cherbuliez lorsqu'il le veut parvient à donner à ses aperçus religieux une grandeur sauvage et poétique à la fois: « Mon cœur est tremblant de frayeur et on m'a rendu horrible la nuit de mes plaisirs*. »

Dans Le Comte Kosfia en particulier nous avons de très intéressantes descriptions de la ferveur slave et de sa conception pittoresque de la divinité. Ge sont de jolis morceaux de « couleur locale » religieuse : « Ge qui s’offrit à mes regards, ce fut le Christ... Vêtu d’un manteau noir, il se tenait debout au milieu du ciel, et les soleils se pressaient en foule autour de lui pour mieux voir son visage

. Le Roman dune Honnéte Femme, p. 191.

. Jacquine Vanesse, p. 79.

. Noîres et Rouges, p. 41.

. Le Grand Œuvre, p. 63.

. L'Aventure de Ladislas Bolski, p. 49.

. L'Aventure de Ladislas Bolski, p. 51.

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