‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 163 sur 298 · LD · texte numérisé non relu

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comme des enfants curieux qui font la haie pour regarder passer un roi dans la rue...

.…..Alors une voix suave comme le soupir lointain d’un orgue leur répondit : Je suis la joie dans la passion‘! »

Comme Anatole France, son cadet spirituel, Cherbuliez excelle dans les descriptions pittoresques des manifestations religieuses.

Si ses sentiments sur telle ou telle question éternelle ne nous sont pas révélés avec la force et la fougue d’un théologien, en revanche tout ce qu’une religion peut avoir de concret, d’artistique et de véritablementrévélateur du peuple qui la pratique, l’intéresse : Nous voyons d’ailleurs dans son Esthétique qu’il souscrit pleinement à cette opinion : que l’art doit se mettre au service de la religion pour glorilier Dieu.

La simplicité du langage biblique, dont il fait un si constantusage, a dû lui plaire tout particulièrement en raison de sa force directe et de son pouvoir évocateur d'images poétiques ; la religion rendant à l’art ce que l’art lui avait donné : « Pour louer dignement ses grâces, il fallait emprunter le langage du Cantique des Cantiques. Ses lèvres distillent du miel, sa taille est comparable à un palmier et l’odeur de ses vêtements est comme l’odeur du Liban *. »

Passant des manifestations de la foi au dogme, noustrouvons que celui-ci fait violence à la morale commune parfois, de même que la croyance, comme nous l'avons vu, s’oppose de temps en temps à la logique; ce qui nous permet de supposer qu’il existe vraiment antagonisme entre religion et philosophie... Plus loin, nous étudierons ce conflit ou plutôt, tel le pense du moins Cherbuliez, ce malentendu : « Il n’y a plus de critique... parce qu'il n’y a plus de principes, et le moyen d’avoir des principes si l’on ne commence pas par avoir des dogmes*? »... « Parlons raison : ce n’est pas la morale qui fait le chrétien, c’est le dogme*.. »

«.. Mais le dogme est une autre affaire. C’est à prendre ou à laisser. Croyez-vous? Ne croyez-vous pas*? » Le dogme semble un marché brusqué que des spécialistes en religion offrent brutalement aux consciences hésitantes. Suit la ligne de conduite et la discipline qui enrégimente les croyants et leur enlève leur libre arbitre en même temps que leurs réflexions personnelles.

. Le Comte Kostia, 96.

. Samuel Brohl et Cie, p. 417.

. Prosper Randoce, p. 192.

Idem, p. 198.

. Idem, p. 198.

Où & © ND +

D'aucuns s’en accommodent d’ailleurs parfaitement.

Parlant d’une religieuse devenue l’esclave volontaire de son ordre: « Elle était morte à elle-même, maiselle revivait glorieusement dans la communauté à laquelle son corps et son âme s'étaient donnés”. »

C’est aux Jésuites surtout que cette conception de l’obéissance passive doit sa force et sa popularité parmi les croyants.

Grâce à eux l’orientation de la religion en tant qu’'institution sociale en a été étrangement modifiée: « Le jésuitisme a changé tout cela... Ge n’est plus la charité qui est la première des vertus, c'est la superstition dans l’obéissance”. »

Cherbuliez toutefois déplore cet état de choses. L’individualisme même en matière de religion lui paraît une liberté qui vaut la peine qu’on la défende. Rationaliste (ce qui faisait précisément tant peur à Amiel), épris d’art et d’idéal, surtout convaincu comme il l'était qu’une large part de notre destinée dépend avant tout de nousmêmes, partisan donc de l’énergie, il ne pouvait guère admettre cette obéissance moutonnière. Le sage, a-t-il dit ailleurs, en substance, ne doit être l’esclave de rien, pas même de sa conscience ; à plus forte raison ajouterons-nous de la conscience d’autrui érigée en autorité sans appel.

S'il s’insurge contre cet aspect de Ja religion nous pouvons admettre son point de vue, nous y rallier sans doute et à tout le moins reconnaître le vrai de cette assertion, à savoir que la religion ayant changé d'esprit, peut fort bien à l’heure actuelle usurper des fonctions qui ne sont pas les siennes.

« Il était scrupuleusement orthodoxe, mais tant vaut l’homme tant vaut la doctrine. Il avait ce mysticisme du cœur qui attendrit les dogmes, en dissout les crudités, n’en conserve que l'esprit. Ce qui fait le caractère d’un paysage, ce n’est pas le sujet, c’est le ciel, les lumières, l’air qui enveloppent les choses, la vapeur où elles se baignent. L’abbé Silvère croyait au surnaturel par ce qu'il croyait au miracle de l’amour et on peut dire qu’il n’aimait pas parce qu'il croyait, mais qu'il croyait parce qu'il aimait. Il en revenait toujours au principe que la vraie destinée de l’homme est de se donner; que pour posséder son moi, il faut commencer par le perdre. Marc Aurèle et le moine inconnu qui écrivit l’Imitation, Fénelon et Spinoza ont enseigné chacun à sa manière la désappropriation intérieure.

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