‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 166 sur 298 · SO 1 © CT À © NN · texte numérisé non relu

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rejoindre la religion et la seconder ; mais quand on n’a pas l'esprit philosophique. : « Je ne suis pas plus philosophe et je regrette de ne pas croire; je suis un sceptique qui s’afflige de l'être’. »

Philosophe ou chrétien, tout le monde se heurte de temps à autres à des impondérables. Le silence qui effrayait Pascal ébranle plus d’une croyance : « La conscience, la religion ? Elles ont parfois d’effrayants silences qui m’étonnent autant que vous?. »

Le doute tragique dont vient le désespoir hante les plus sincères : « Ô quelle est triste la voix de celui qui crie dans le désert! *° »

Le doute d’ailleurs est devenu désormais un malaise dont se trouvent atteints ceux qui, jadis jouissant d’une robuste santé morale, l'ignoraient : les humbles. C’est à eux que les réconforts d’une philosophie bien entendue et à leur portée devront venir surtout en aide : « Je n’ai jamais cherché à inspirer des doutes aux âmes qui ont gardé la foi du charbonnier ; je réserve mes enseignements pour ceux qui l'ont perdue. C’est pour celte raison que je m'adresse de préférence aux ouvriers. Au siècle dernier, le doute était une occupation ou un plaisir de grand seigneur.

« Depuis ces terribles journées (de la Révolution) les heureux du monde ont honni le doute; ils regardent la foi comme un préservatif contre les tremblements de terre. Éconduit des cercles brillants où il avait mené joyeuse vie, le doute est descendu dans le peuple *. »

Là il prit bientôt forme d’ouirance, de violence même. Privé de la part de paradis qui devait lui revenir, le peuple volontiers se venge de sa déconvenue sur les ministres d’un culte dorénavant inutile ou même s’en prend à la divinité : « Pauvre fou, ta fureur aveugle se trompe d'objet, car l’imposteur c’est toi-même, toi qui imaginas ce dieu dont le seul crime est de n'être pas*. »

L’impiété et le trop de croyance, qui s’opposentainsi l’un à l’autre, ont cependant en pratique un effet semblable ; ils engendrent lintolérance. Celle-ci révèle chez l’un comme chez l’autre un déplorable manque de compréhension, qui traduit peut-être, qui sait ? un besoin d'affirmer violemment une conviction encore mal assise :

« De tous temps, l'intolérance fut le partage des novices®. »

. La Vocation du Comte Ghislain, p. 16.

. Le Roman d'une Honnéte Femme, p. 197.

. Le Prince Vitale, p. 285.

. Paule Méré, p. 121.

. Le Comte Kostia, p. 55.

. Idem, p. 63.

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