‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 170 sur 298 · La Béte, p · texte numérisé non relu

La Béte, p

buliez : croyez-vous, ne croyez-vous pas ? c’est à prendre ou à laisser : « Ce non protestant était plus net et plus décisif, plus péremptoire qu’un non catholique’. »

A l’époque moderne cependant cette sécheresse protestante a cessé de plaire; on en fait grief à ceux qui à tort ou à raison en sont soupçonnés : « On prétend en pays catholique que les protestantes manquent de grâce et de souplesse, qu’elles ont l'esprit guindé, de la raideur, trop de quant-à-soi*. »

C’est qu’en effet le protestantisme n’a jamais été une religion jeune, n’a jamais connu les généreux élans de la jeunesse. Il faut se garder des vieillards qui se sont longtemps complus dans la pratique d’une religion peu amène : « Ce qui est fâcheux c’est qu'avec l’âge sa religion a tourné à l’aigre. Une religion acide est une terrible chose”. »

Le caractère raisonnant du protestantisme l’a amené à vouloir tout critiquer, à être mécontent de tout : « Vraiment vous raisonnez trop, vous êtes trop protestante‘: »

Comparé au catholicisme, il paraît presque mesquin : « Le catholicisme se recommande à nous par sa durée et il a l'évidence, la majesté ou si vous l’aimez mieux, la brutalité d'un fait. La philosophie est la raison contente; le protestantisme est une raison mécontente qui se donne beaucoup de mal pour remplacer ce qu’elle a perdu. Elle s’ingénie, elle a recours aux succédanés". »

Mais cela lui sert-il d’être si raisonneuse : « Je ne crois pas aux conversions raisonnées ni à la puissance du syllogisme en forme. »

Pour faire pièce à la Réforme, l’Église catholique dut resserrer sa discipline, instituer également une école de raison : « Luther avait paru et pour le vaincre il fallut qu'aux papes philosophes succédassent les papes rigoristes. Le Tasse naquit du vivant de Paul II[ au moment où l’ordre des Jésuites venait d’être institué, au moment où le Concile de Trente allait s'ouvrir’. »

Dans le jugement qu'il porte sur eux Cherbuliez ne semble pas partager la sévérité de beaucoup à l’égard des Jésuites ; il leur

reconnaît du moins certains mérites : « Vous l’avouerai-je? Si

. Jacquine Vanesse, p. 17.

. La Revanche de Joseph Noirel, p. 47.

. Idem, p. 118.

. Jacquine Vanesse, p. 31.

. La Vocation du Comte Ghislain, p. 46, . Après Fortune Faile, p. 95.

. Le Prince Vilale, p. 242.

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j'étais jésuite je me sentirais flatté d’avoir tant d’ennemis et des ennemis qui se contredisent'. »

Dans l’histoire de la religion, il reconnaît l'importance du rôle qu'ils ont été amenés à jouer et estime qu'ils ont contribué à la libération de la pensée : « Les Jésuites ont porté de rudes coups à la Réforme, mais ils ont inventé la critique”. » Depuis l'époque où l'Église catholique et la dissidente se sont séparées, chacune a suivi sa propre voie et le malentendu s’est agravé entre celle qui ne fait à la raison aucune part mais fonde la croyance sur les mystères, et celle que Cherbuliez dénomme une raison mécontente.

Qui sait si la Renaissance n’a pas offert pour un temps trop court à l’Église l’occasion de se renouveler ; et celle-ci ayant refusé, ne s’est pas vue en butte aux attaques forcenées de la Réforme?

« Trop souvent », dit Cherbuliez, « la pensée religieuse de la Renaissance est méconnue, ravalée, travestie®. » Elle s’efflorcera de faire l’union et même de créer l’unité entre la religion et la philosophie : La philosophie n’est qu’une religion savante, philosophia nihil est nisi docta religio, nous répète notre auteur, relevant une inscription tirée de Marsile Ficin:.

Le xvr siècle semblait être opportun, car l’antique philosophie avait été créée et remodelée en termes d’une esthétique admirable. Les penseurs étaient là qui prêchaient le culte du beau et de la bonté. Pleins de bonne volonté, ils essayaient de concilier le paganisme remis en honneur et le christianisme vraisemblablement arrivé à son entière et splendide croissance.

Il est de fait que la religion était alors en voie de développement. Lentement son caractère semblait changer selon des lois divines et cependant naturelles. Grâce à elles on pouvait comprendre le nouvel aspect de la vérité : « Les créations de Dieu commeles œuvres de l’homme sont soumises à la loi du développemont graduel, elles suivent un cours ordonné. La douceur de Dieu est sa violence, il ne brusque rien; les siècles sont ses journées. Il a donc voulu que la révolution eût son histoire.

… C’est pour cela qu’il a institué son Église, divine couveuse chargée de féconder et de faire éclore l’un après l’autre, aux heures marquées par l’éternelle patience, tous les germes de vérité que

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