E. Montégut. Revue des Deux Mondes, du 15 mai
l’abus de ces formules toutes faites, qui furent le tombeau d’une école créée par le génie, émaciée par la médiocrité. Vous rêviez alors d’une grande publication hégélienne‘... »
Taine distinguait soigneusement Hégel « de la secte grossière qui l’a continué et défiguré ». Cherbuliez aurait-il fait ainsi d’une manière aussi dédaigneuse, la même distinction®?.
Si Renan dans son discours de réception se crut autorisé à souligner cette réserve croissante imputée à Cherbuliez au contact d’une doctrine tournant à l’exagération, et cela en la présence même de l'intéressé, c’est sans doute qu’il est sûr de son fait.
On serait tenté de croire que Cherbuliez tout en restant fidèle à Hégel se sentait gêné et un peu honteux de se trouver mêlé au groupe absurde qui perdait son temps à ergoter sur le moi et le non-moi :
«.. À Berlin, il vit les principaux disciples de Hégel et son rival, le vieux Schelling auquel il se garda bien d'avouer son admiration pour la Phénomologie. Renan qui tenait le fait sans doute de Cherbuliez lui-même, raconte qu’il entretint de tout ce jeune homme, excepté de philosophie*. »
D’après ce qui précède et malgré l'atténuation assez évidente de l’enthousiasme de Cherbuliez pour l’hégélianisme, il apparaît qu'il fut par choix et par influence disciple lui aussi de l’apôtre de l’idéalisme au début du x1x° siècle. Pour comprendre la position de notre auteur il convient donc d'indiquer très succintement l’apport de la doctrine (telle du moins qu’on la concevait à l’époque) à la philosophie de l’Idéal.
Empruntons quelques précisions à Edmond Schérer, qui de l'avis de plusieurs, de Buloz entre autres‘, avait donné la plus claire interprétation du système du philosophe allemand :
« L'école de Locke avait montré l'intelligence humaine produite en quelque sorte par la sensation. Fichte renverse les termes.
« L'une et l’autre école dédaigna soit l'homme soit le monde.
« Spinoza cherchant l'unité de l’homme et de la chose s’éleva à l'idée générale de substance, fit de la substance la réalité souveraine et considéra la pensée aussi bien que l'étendue comme un attribut de la substance. En d’autres termes, la réalité a deux manières d’être et la pensée est une de ces manières.
4. Réponse de Renan à Cherbuliez. Séance de l'Académie du 25 mai 1882,