Leguay, p
4. « Ce beau travail sur Hégel. » (Citation de E. L. Pailleron : Extrait de Buloz et ses Amis, p. 245).
« Gette doctrine renfermait une philosophie nouvelle; elle inaugurait dans la métaphysique une révolution analogue à celle que Copernic avait introduite dans la cosmologie en nous apprenant que la terre n’est pas le centre du système dont elle fait partie.
« La personnalité au lieu d’être le centre du monde intellectuel et moral en devenaitun élément subordonné...
« La nature devient ainsi en quelque sorte un esprit qui n’a pas la conscience de soi, comme l'esprit à son tour est une nature qui est douée de conscience. Il n’y a plus opposition... Si la nature est intelligente, si l’homme se reconnaît en elle c’est que la nature et l’homme ne font qu’un.
« L'esprit se révèle sous deux modes, l’un est conscient, l’autre inconscient.
« L'œuvre de Kant avaitété essentiellement critique. Il avait laissé l'esprit et le monde en face l’un de l’autre ; Schelling entreprit de les ramener à l'identité. L'identité absolue, tel fut le nom de la doctrine nouvelle. Toutefois, c’est en ceci que consiste le progrès de Schelling sur Spinoza, le fond de l'identité n’était plus la substance, c'était la raison. Il éleva la pensée à la dignité de substance. Mais ce fut une philosophie sans méthode, sans vie, Hégel entreprit de faire vivre cette philosophie.
x Il proposa une nouvelle méthode dite spéculative prêtant aux choses notre conscience, leur empruntant leur conscience et nous perdant en elles afin qu’elles se retrouvent en nous.
« Pour Hégel la philosophie c’est la science de l’absolu.
« Sa méthode explique le monde en montrant comment ilse fait et, pour ainsi parler, en le refaisant…
« La donnée fondamentale de Hégel, c'est l'homme cessant de vivre en lui comme homme individuel pour sentir le monde vivre en lui.
« L'idée est Le vrai principe des choses. ou plutôt c’est le mouvement de l’idée qu’il faut dire... l'être n’est pas autre chose que le devenir. L’absolu n’est pas une force, il est un acte, une transformation.
« Le but de l’absolu est de se réaliser en prenant conscience de soi. Ce but n’est d’ailleurs jamais atteint car ce but c’est le voyage même *... »
Schérer, sans trop s’appesantir sur la nébuleuse théorie du moi et du non-moi, conclue à la nécessité du principe de contradiction du système. Il en marque ainsi l'importance :
4. Hégel et l'Hégélianisme. Revue des Deux Mondes, n° 31, année 1861, par Edmond Schérer.
« Cette découverte du caractère relatif des vérités est le fait capital de l’histoire de la pensée contemporaine.
« Mais Hégel ne s’est pas contenté d’établir la loi de la contradiction; la contradiction dont il parle est le principe d’un mouvement et ce mouvement n’est pas seulement l’évolution des choses, il en est le fond. Tout n’est que relation. Le vrai n’est plus vrai en soi... Le vrai, le beau, le juste même se font perpétuellement; ils sont à jamais en train de se constituer parce qu’ils ne sont autre chose que l’esprit humain qui en se déployant se retrouve et sereconnaît.…
« La logique, la philosophie de la nature et la philosophie de l’esprit sont les trois termes du syllogisme de l’univers, les trois actes du grand drame de l’absolu et les trois parties des sciences philosophiques'... »
Dans la reconstitution de la pensée métaphysique de Cherbuliez examinons maintenant son point de vue à l’égard de la nature et voyons par quoi il se rapproche du système hégélien et par quoi il s’en écarte :
D'abord la personnification de la nature et la ressemblance qu’elle semble affecter avec la forme humaine. C’est là une tournure qui lui est toute particulière ; en voici quelque exemples :
« Des têtes rondes d’oliviers qui se chauffent paresseusement au soleil”... » ... « de grandes clairières où de minces bouleaux à l'écorce d'argent, s’élancent du milieu des hautes fougères tantôt d’un vert glauque, tantôt bordées de vieil or, qui leur monte jusqu'aux genoux” » …, « des chênes énormes dont les branches sont grosses comme des troncs et qui semblent porter leurs siècles à bras tendu‘ » ... « des champs de trèfle, de maïs, de sarrasin fleuri, au milieu desquels couraient des treilles échevelées dont les pampres se tachetaient de rouge et qui toutes se tenaient par la main pour danser comme des folles... Hommes, femmes, enfants, tout le monde causait et riait; la tourbière interpellait les pois, la herse apostrophait les lavandières * » ... « Toutes ces ombres (d'arbres) se penchaient vers Gilbert, l’observaient, l’interrogeaient du regard”. »
Formes ou attitudes, les ressemblances s’accusent dès que Cherbuliez nous les fait observer :
1. Hégel et l'Hégélianisme. Revue des Deux Mondes, n° 31, année 1861, par Edmond Schérer.