‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 197 sur 298 · Idem, p · texte numérisé non relu

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ÿ. Idem, p.55.

se satisfaire. Toutes nos inquiétudes, tous nos troubles nous viennent de la contradiction inhérente à notre moi, qui, étant à la fois le plus compréhensif et le plus particulier de tous les êtres, se croit le centre de l’univers, où il tient si peu de place, et verrait sans étonnement les autres moi se sacrifier à son bonheur; mais comme ils ont tous la même prétention il est difficile de les accorder. Nous tenons infiniment à notre chère et méprisable personne, cause de nos éternelles misères, et nous éprouvons pourtant comme un sentiment de délivrance quand nous réussissons à l'oublier. Nous pouvons nous en délivrer par le renoncement chrétien ou bouddhique, ou par la philosophie, qui nous apprend à soumettre nos passions à notre raison. Ce sont là des remèdes héroïques. Nous avons à notre disposilion un autre moyen plus commode de nous oublier et de nous calmer : c’est la sympathie ou la faculté précieuse que nous possédons de sortir de nous-mêmes et de nous sentir vivre, agir et pâtir dans les autres. L’indifférence, c’est la mort ; la passion, c’est le désordre; la sympathie me met en société avec la passion des autres sans m’associer à ses désordres; j'éprouve ce qu’ils éprouvent; et le plaisir ou la peine que j’en ressens ne va jamais jusqu'à l'excès, pourvu toutefois qu’ils ne me soient pas si chers qu’ils fassent en quelque sorte partie de ma personne, car alors je ne serai plus sympathique, je souffrirai pour mon compte.

« Lorsque les vents tourmentent les grandes eaux, a dit le poète latin, il est doux de contempler du rivage un navire en danger. Pourquoi? parce que nous aimons les émotions qui, n'ayant rien d’excessif, remuent nos nerfs sans les affoler et agitant notre âme sans troubler la lucidité de notre esprit, deviennent pour nous un sujet d'observation... »

« La sympathie étend notre être en nous faisant vivre de la vie des autres”... »

« À de certaines heures, nous parvenons à nous détacher assez de nous-mêmes pour nous dédoubler, pour nous diviser en deux moi, et l’un de ces moi regarde l’autre comme un étranger qui lui plaît. Nous devenons ainsi des spectateurs sympathiques de notre propre vie. Si violentes que soient les émotions qui ont pu remuer notre cœur, nous n’en sentons plus que le contre-coup ; ce sont les émotions d’un autre, nous les partageons, mais elles ne nous

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