Cit. Leguay
3. Livre du Centenaire du Journal des Débats, 1889, Marc Monnier, par Victor Gherbuliez.
Ernest Renan nous a révélé les préoccupations du jeune Victor au sortir des Universités allemandes : « … c’élait le puissant effort intellectuel de Hegel, bien que les élèves fissent déjà tort au maître. Les Hégéliens dont vous suiviez les leçons, vous choquèrent par l'abus de ces formules toutes faites, qui furent le tombeau d’une école créée par le génie, émaciée par la médiocrité. Vous rêviez d’une grande publication hégélienne... »
Cette grande publication, comme on sait, ne parut jamais.
Le caractère de Cherbuliez à cette époque, M" L. Pailleron nous en donne un aperçu :
« Victor Cherbuliez, à l’époque où l’école de Hegel le retient, doit être un jeune homme instruit et sage, travailleur sans pédanterie, bien équilibré, l'esprit enjoué, parfois caustique, mais sans méchanceté ni envie ; optimiste il l’est, car c’est être optimiste que de se contenter @e ce que vous donne la vie, et ne pas trop exiger d’elle : « Ce pauvre monde est ainsi fait, a écrit notre romancier, « qu’il est bien difficile d’avaler un verre de vin où il n'y ait pas « une mouche. Quand le vin est bon et que la mouche n'est pas trop « grosse, il faut boire. »
« Je me l’imagine encore, modeste sans humilité, fort indépendant, et doué de cette netteté d'opinion que j’ai pu reconnaître en lui bien plus tard, et qu’il admirait tant. chez les autres ! Il a écrit, parlant de l’un de ses personnages : « Rien qu’à le voir, on devinait « en lui un homme incapable de se laisser lier les mains, et la seule « langue que cet habile philologue ne pût apprendre, ce fut le « jargon d’une coterie ».
« Ces mots sont faits pour lui‘. »
Sa période berlinoise fut sans nul doute importante. Elle marque en effet la fin de sa vie universitaire : « Il commença ses études à Genève », dit M" L. Néron, « et les acheva à Berlin? ».
Désormais fort de ses douze années d’études supérieures (comme l’a dit Renan), il est prêt pour la tâche qu’il s’est choisie, celle de l'écrivain. Mais auparavant il lui reste à parcourir le « Grand Livre du Monde ». La période des voyages d’observation s’ouvre pour lui.
Voyages. — Dans la Revue politique du 24 décembre 1881 Louis Ducros dit que, grâce à un héritage, Cherbuliez put voyager et il énumère les pays qu’il aurait, paraît-il, parcourus : Allemagne, Grèce, Italie, Asie-Mineure.