Buloz el ses amis
2. Annales poliliques el lilléraires; les échos de Paris, Mne L. Néron, 9 juin 1899.
De même E. Montégut' rapporte qu’il « a visité successivement la France, l'Allemagne, l'Italie, l’'Asie-Mineure, Constantinople et la Grèce.
Et lui aussi fait allusion à la succession : « Il avait juré de manger jusqu'au dernier sou le petit héritage qui lui avait été légué pour voyager et il tint parole ». Eugène Rambert a affirmé qu’il avait été également en Russie et en Angleterre. Mais dans ce cas 1l a dû faire dans ces pays des séjours extrêmement brefs, car nulle part il n’en parle.
E. Faguet fait mention lui aussi de cet itinéraire assez vague et le situe après le retour de Cherbuliez d'Allemagne à Genève « Cette espérance (le poste ambitionné à l'Académie) tardant à se réaliser, il voulut élargir son horizon déjà si vaste par un voyage en Orient ». Et il ajoute : « Il ne semble pas que l’Orient ait laissé de très profondes traces dans son esprit” ». Mais tel n’est pas l’avis d’un autre critique :
« Cherbuliez nous dépeint dans un Cheval de Phidias, Brousse la « Grenade du Levant, étageant ses mosquées, ses minarets et ses maisons de toutes couleurs sur le premier penchant de Olympe ». Ses chemins montants qu’enferment des haïes vives de quinze pieds de hauteur, les noires forêts de châtaigniers qui la dominent, et la mer de verdure qui forme à ses pieds prairies et jardins. C’est à Ménemen, sur les bords de l’Hermus, à quelques lieues de Smyrne, dans la charmante maison d’un banquier grec, que s’achève le Comte Kostia. Comme ses héros, il dut faire à travers un pays sans chemins, une excursion à Pargame. Il a vu comme eux, sous un ciel « d’un bleu ardent au zenith,... presque vert à l'horizon » un cimetière turc planté de cyprès et de térébinthes d’où s'échappent des roucoulements de tourterelles. Un mot sur les Levantines dans le Roman d'une honnête femme; un souvenir d’ailleurs assez vague et non localisé, dans son deuxième article sur l’esthétique de Vischer ; sauf erreur, c’est absolument tout’.
Il est vraisemblable que si Cherbuliez s'était attardé dans les divers pays nommés plus haut, il n’aurait pas manqué de faire entrer ses impressions dans l’un ou l’autre de ses romans. Car il savait faire revivre les lieux qui avaient attiré ses regards et charmé son imagination. Dans le Prince Vital, il a su par exemple rendre
4. Drama‘urges el romanciers, octobre 1860, mai 1867. 2. Eloge de Cherbuliez, Séance de l’Académie, 13 avril 1901. 3. Leguay.
l'essentiel de ce que ressent un voyageur étranger à Rome. Dans le Cheval de Phidias, pénétré d’un amour nouveau et d’une ferveur de néophite pour la Grèce glorieuse qu'il découvrait pour la première fois, il a consigné de chatoyantes descriptions d’artiste : « La Grèce qu’il avait vue était bien celle des monuments, mais aussi du roi Othon. Les Albanais en fustanelle blanche bien tuyautée, les cafedjis au fez rouge, des popes au poil hérissé d’une propreté douteuse, apparaissent dans son livre avec discrétion toutefois. Il à bien dû manger dans une gargote sur les bords du Céphise le poisson salé, la poignée d'olives et la tranche de Khalva, maigre même, qu'il épargne, avec le vin de Santorin, aux spirituels interlocuteurs de ses Causeries athéniennes. Il n'a pas fermé les yeux enfin, sur la Grèce du soleil et des paysages. Il a peint avec amour celu qu'il découvrait du Parthénon, adossé contre une des colonnes, à l'extrémité méridionale du portique. Un spécialiste de la littérature descriptive ou du paysage littéraire, Théophile Gautier, par exemple, n'aurait pas mieux peint la « lumière blanche, .. répandue sur les collines qui entourent l'Acropole », la mer « du plus pur indigo, Salamine couleur de rose, Egine glacée de violet », les côtes et les montagnes du Péloponèse offrant une « dégradation de nuances » qui vont « s’adoucissant jusqu'aux tons les plus légers, les plus fins et les plus délicats », les lointains « d’un gris cendré et d'une évanouissante pâleur » se dessinant « en clair sur un ciel d’un bleu foncé, profond et velouté ». IL y a également dans ce livre d’autres paysages des environs d'Athènes, également heureux, et qui, si l’on compose jamais une « Grèce décrite par les Français, comme on a fait pour Rome, y tiendrait une très belle place » (Leguay).
Aucun pays ne semble avoir produit sur lui une pareille impression d’enchantement. Pourtant on sait à quel point il était sensible au spectacle de la nature. C’est Ià matière à spéculation par exemple, qu'ayant été en Espagne, il n’en ait rapporté le moindre croquis curieux. Il est vrai qu’il y était en sorte en service commandé et qu’il passa la plupart de son temps à consulter les archives. Cependant ses voyages, pour citer encore Montégut, lui servirent tout de même dans son métier d'écrivain :
« Chacun de ses voyages », dit cet auteur,« a produit son fruit à son heure. Les Causeries athéniennes sont nées en Grèce, le Prince Vitale est né en Italie, le Comte Kostia sur les bords du Rhin, le Roman d'une honnête femme est le résultat du degré de connaissance que le jeune auteur a acquis de nos mœurs; Paule
Méré est le seul de ses livres qui puisse être revendiqué par Genève;' ». IL est vrai que ces lignes étaient écrites en 1867.
Quant au voyage en Grèce ce fut bien autre chose; l'impression produite sur lui dura sa vie entière. « La Grèce qu'il vit au retour », a écrit Faguet, « le charma comme on peut le croire et quand il revint à Genève, le Cheval de Phidias était déjà dans l'esprit du jeune voyageur. » De même Renan lui avait déclaré : « Mais la Grèce vous fut une révélation, et l’Acropole fit tort à la philosophie hégélienne.… Sur le bateau qui vous ramenait (d'Athènes) à Trieste”, vous écriviez ce dialogue exquis où, à propos d’un cheval de Phidias vous exprimiez vos idées... »
On peut toutefois douter qu’un tel ouvrage exigeant tant de recherches et déployant tant d’érudition ait été composé pendant une aussi courie traversée,
Une anecdote a couru qui voulait que Cherbuliez faisant le tour des piliers extérieurs de l’Acropole pour s'assurer si, comme on le lui avait affirmé, leur diamètre variait de façon à aider aux lois de la perspective, soit tombé nez à nez avec Renan lui-même semblablement occupé.
De cette rencontre fortuite et vraiment extraordinaire serait née cette amitié solide qui lia par la suite les deux hommes. Une phrase de Renan ‘dans son Discours détruit malheureusement cette légende. A propos des cours que Cherbuliez suivait au Collège de France lors de son premier séjour parmi nous, il dit : « Quelle fatalité pour moi, Monsieur !... J'étais en Italie ; sans cela nous nous serions connus vingt ans plus tôt. »
Pour terminer ce chapitre de la période des voyages de notre auteur faisons remarquer enfin que sa visite en Italie eut lieu au printemps de l’année 1863, qu'il alla à Rome accompagné de sa femme au moment où la Cité Éternelle était occupée par les troupes françaises.
On sait qu’il en rapporta les données de son Prince Vitale”, l'inspiration lui en étant venue en contemplant le masque funéraire du Tasse conservé au couvent de Saint-Onuphre.
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. Revue des Deux Mondes, E, Montégut, 15 mai 1867.