L'Art et la Nature, p. 67. k 3. Idem, pp
comme l'artiste et qu’avons-nous besoin de son secours? Nous avons tous une imagination’... »
« Quelque façon que donne aux choses l'imagination de l’artiste, nous pouvons en faire autant et, comme lui, les accommoder à notre goût.
« À vrai dire, nos joies seront solitaires et cachées ; personne ne les connaîtra, nous n'en ferons part à personne, mais jouit-on pour les autres’? ». Donc « Si livrés à nous-mêmes, nous pouvons goûter des plaisirs esthétiques qui, semble-t-il, ne nous laissent rien à désirer, à quoi servent les arts ? à quel besoin répondent-ils ? par quelle nécessité de l’esprit humain furent-ils créés ? c’est une question que nous ne pouvons pas résoudre sans avoir, au préalable, étudié de plus près notre imagination, ses lois, ses habitudes, ses procédés‘... »
La nature de l’œuvre d’art, la notion du beau qui en est l’objet immédiat va donc fournir à Cherbuliez les éléments devant servir à son enquête. Il s’agit d’abord, selon lui, d'apporter quelques éclaircissements à la question de l’imagination, faculté qui lui paraît indispensable pour posséder cette notion. Cette faculté est également importante parce qu'elle est commune à l’artiste et au vulgaire. Est-elle le trait d'union entre la nature et nous tous? Il convient d’abord d'apporter sur elle quelques précisions :
« C’est une vérité triviale que les fonctions diverses de notre esprit ne sont pas des facultés particulières et distinctes, qu'il n’y a pas en nous une sensibilité, une mémoire, un jugement, une raison ; que le même moi tour à tour perçoit, s’'émeut, se souvient, pense ou raisonne, et le plus souvent fait tout cela à la fois*. » Mais « Il n’y a pas grand inconvénient... à traiter notre imagination comme une personne. Choses inanimées ou êtres abstraits, elle personnifie tout : c’est son habitude et son plaisir, et nous ne l’empêcherons jamais de se personnifier elle-même.
« Une erreur beaucoup plus grave est de la considérer comme une faculté spéciale à certains hommes... Assurément elle nous fait faire beaucoup de folies ; mais il faut la comparer au levain : qu'il aigrisse trop, le pain sera malfaisant; n’en mettez pas, ce ne sera plus du pain. Les fantaisies déréglées gâtent tout, dérangent tout; mais s’il n’y avait pas en nous ce ferment secret et toujours actif
A. L'Art et la Nature, p. 72.