Idem, p
que nous appelons imagination, notre pâte ne lèverait pas et nos perceptions qui demeureraient confuses, les abstractions de notre esprit, qui resteraient uniformes et inertes, ne pourraient plus servir à la nourriture de notre vie‘ ».
« Qu'est-ce donc que l'imagination? Selon Littré, ce serait la faculté de voir en quelque sorte les objets qui ne sont plus sous nos yeux. Cette définition est bien incomplète... Nous avons le pouvoir de renouveler par des images toutes nos perceptions, que ce soient nos yeux ou nos oreilles, l’odorat, le goût ou le toucher qui nous les ait fournies. Mais ces images, d’où nous viennent-elles? Notre imagination les avait créées au préalable en travaillant et façonnant les choses à sa mode, et c’est là son principal office * ».
Imagination de tout le monde, don précieux que nous n’apprécions peut-être pas autant qu’il le faudrait : « La rose du botaniste est une idée, la rose de tout le monde est une image, et le botaniste a sur tout le monde le même genre de supériorité qu’a une idée sur une image; mais une image a le mérite de procurer au commun des hommes des plaisirs abondants et faciles que ne donnent pas les idées.
« Non seulement nous aimons à nous faire des représentations abrégées et sommaires des objets sensibles: par un penchant naturel, fatal, nous donnons une forme sensible à nos idées les plus abstraites et il se fait dans notre esprit une transmutation incessante d'idées en images. Quand notre imagination s’exerce sur les choses extérieures, elle les simplifie ; elle n’en garde que l’essentiel et fait abstraction du reste. Par un procédé inverse, quand elle travaille sur nos idées, elle les particularise »... Par exemple : « La plus abstraite de toutes nos idées est celle de l'infini ou de l'être pur. Dans tous les temps, les hommes ont senti le besoin d'imaginer linfini*... »
Notre imagination semble donc servir à établir l’équilibre entre le monde sensible et le monde abstraït. Elle s’alimente de ces deux désirs innés en nous dont parle Cherbuliez : la passion des réalités, l’amour des pures apparences.
Cette imagination est-elle créatrice chez les uns ; est-elle chez les autres passive ou même non-existante ?
« On a qualifié d'imagination passive, répond à cela l’auteur, celle qui consiste à retenir une impression des objets; on l’oppose