‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 203 sur 298 · Idem, p · texte numérisé non relu

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sont des points de repère pour les passions qui y reviennent sans cesse : « Comme l’olive absorbe le sel, comme l'éponge absorbe l'eau, elles absorbent toute notre vie. Elles se mêlent à toutes nos perceptions; quelles qu’elles soient, nous les retrouvons malgré nous, dans tout objet qui frappe nos sens, et le monde ne voit l'univers que dans ce qu’il hait ou ce qu’il aime’. Gardons-nous donc de cette force qui peut être dangereuse pour nous si nous ne savons pas nous en servir comme fait l'artiste lui-même, utilement : « La rêverie confine à l’hallucination. L'image qui nous possède se substitue aux objets eux-mêmes, et nous sommes la dupe de notre fantôme. Toute passion violente est le début d’une folie? ».

Il convient donc de savoir se rendre maître de son imagination ou tout ou moins de connaître ses lois, sa fonction :

« Comme une image épurée, travaillée par la réflexion, tient le milieu entre l’idée claire et nette qu'un homme qui pense se fait des choses et les perceptions confuses dont se contente un enfant, on peut dire, en employant le langage de la vieille psychologie, que notre imagination est une faculté intermédiaire entre notre sensibilité et notre raison, qu’elle les relie l’une à l'autre et nous permet tantôt de raisonner sur nos sensations, tantôt de voir et d'entendre nos pensées. Si nous n’avions pas le pouvoir d'imaginer, nos perceptions ne se transformeraient plus en idées, et nos idées, supposé que nous en eussions encore, n'auraient plus guère d'action sur notre vie * ».

On ne saurait donc s’exagérer l'importance de cette faculté départie à nous par la nature : « Ce sont nos images qui le plus souvent décident de notre conduite, de nos sentiments, du choix de notre carrière, de nos antipathies et de nos amitiés*. »

« D’habitude, l’imagination est en état de vasselage. Elle travaille sous les ordres de notre sensibilité ou de notre entendement. Nos passions, nos intérêts, nos désirs, nos espérances... la prennent à leur service. Elle fait ce qu’on lui dit de faire... Nous lui devons de grands bonheurs, nous lui devons aussi de grands ennuis. Elle prolonge indéfiniment la durée de nos félicités et par des jouissances anticipées et par les délices du souvenir. C’est elle qui a inventé tous les petits bonheurs ; elle a l’art de faire quelque chose avec rien.

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