‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 204 sur 298 · ES LORIE AT NMRUE MEET FAR · texte numérisé non relu

ES LORIE AT NMRUE MEET FAR

Tous nos bonheurs négatifs sont son ouvrage ». Mais pour être la servante de notre personnalité sensible et raisonnante elle n’est pas moins indispensable à notre esprit qu’à notre cœur : « Elle travaille tour à tour à nous rendre heureux ou malheureux, et tour à tour elle prête son efficace et ardente assistance à nos vices et à nos vertus. On à dit que l’amour est l'étoffe de la nature brodée par l'imagination ; on peut en dire autant de la plupart de nos sentiments * », et par ailleurs : « Tout acte de connaissance est précédé d’un acte d’imagination*... » « Si Kepler ne s’était fait une conception mystique et imagée de l'harmonie et de la musique des sphères célestes, s’il n'avait cru à l’astrologie comme à Pythagore, il n’eût Jamais cherché ses fameuses lois, ni conquis l’immortalité; mais s’il a laissé à Newton la gloire de trouver le principe de l'attraction universelle, c’est peut-être la faute de ses visions, qui après lui avoir montré le chemin l’ont égaré. »

Quoi qu'il en soit, bonne ou mauvaise, notre imagination est là toujours, qui travaille et : « ceux qui l’accusent de nous tromper. ne réussiront jamais à fermer cette grande fabrique d’images qui est en nous*. »

A ce point de son développement, Cherbuliez fait une distinction importante entre l’imagination de tout le monde et celle plus spécialisée de l’artiste. Elle porte plus sur la fonction que sur la nature de cette faculté :

« Nous avons vu jusqu'ici l'imagination travailler au service de nos passions ou de notre pensée, nous aider tour à tour à débrouiller nos sentiments à éclaircir nos conception. Mais il arrive par intervalles que, reprenant sa liberté, s'affranchissant de toute dépendance, de tout joug incommode, elle s’émancipe à ne plus travailler que pour son propre compte. Elle n’a plus d’autre loi que son plaisir. c’est l'imagination esthétique.

« Notre existence est une fièvre intermittente ; siles accès n’étaient interrompus par des repos, la fatigue de vivre nous tuerait. Or on ne se repose qu’en s’oubliant®. »

Ce plaisir, ce repos, ce besoin d'oublier les nécessités de notre

Page 1