Idem, p
existence quotidienne, l'imagination esthétique mise au service de l’art nous les donnera :
« Il me semble, « dit un des personnages principaux dans Ladislas Bolski, » que la principale utilité de l’art est de nous faire oublier la vie et ses inexorables précisions. Dans la vie le détail abonde et presque toujours il est odieux'. »
Heureusement donc : « qu’il y a des heures de détentes où, nous dérobant à nos appétits, à nos spéculations ou à nos devoirs, nous ne sommes plus des êtres affairés et passionnés, raisonnants et pensants. Affranchis pour un temps de nos préoccupations personnelles, nous ne voyons plus dans les choses des buts, des moyens, des obstacles. Qu'’elles soient ou ne soient pas, peu nous importe; quand elles seraient de pures apparences, elles nous paraîtraient dignes de notre attention; ce n’est plus leur réalité qui nous intéresse, c’est leur forme, l’air qu’elles ont, leur caractère et leur façon de l’exprimer. Nous avons cessé d’être des acteurs sur la scène du monde, nous sommes descendus à l'orchestre, et la vie n’est plus pour nous qu’un spectacle; nous ressemblons à ces comédiens en vacances qui se délectent à voir jouer les autres. Tout en nous est sorti de l’ordre accoutumé ; ce qui commandait obéit, ce qui obéissait commande. Nos sens, notre sensibilité, notre raison elle-même ne sont plus que les auxiliaires de notre imagination... Dans ces moments heureux, nous sommes à la fois infiniment curieux de tout et très indifférents sur le fond des choses... tout nous sera bon pourvu que les objets aient du caractère etnous inspirent cet intérêt désintéressé qui est le secret du plaisir esthétique” ».
Ce plaisir pour valoir à nos yeux doit par ses images nous mêler à l’objet qui le produit :
« Gomme nous l’avons vu, pour qu’un paysage, une scène de la vie humaine produisent sur nous tout leur effet, il faut que notre imagination les travaille, qu’elle prépare sa matière, qu’elle combine, qu’elie compose. Mais elle ne procède pas par des méthodes raisonnées ; elle suit son instinct, son inspiration, et son instinct le plus impérieux la porte à se figurer et à nous persuader que les choses nous ressemblent ou que nous ressemblons aux choses. C'est le premier article de son Credo*. »
« Nous débutons tous dans la vie de l'esprit par deux actes de foi. J’admets comme un fait indiscutable l'existence réelle des objets