‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 214 sur 298 · Idem, p · texte numérisé non relu

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une lettre adressée à Buloz au fortde la guerre de 1870-71, il déclare : « Comme vous, je suis républicain à outrance; c’est le seul salut possible, et ce sera la vengeance... » Plus particulièrement, il a pensé que le libéralisme convient le mieux aux mœurs françaises. Il admet les opinions extrêmes pourvu qu'elles passent avec le temps car elles corrigent ce que notre tempérament a de trop timoré et partant de trop rétrograde : « Notre malheur (c’est une Française qui parle) est d’être trop raisonnables dans l’habitude de la vie, trop circonspects, trop prudents... Nous prévoyons trop, et prévoir c'est craindre. Voilà pourquoi nous ne sommes pas un peuple colonisateur et voilà pourquoi nous ne faisons plus d’enfants'. » Donc commençons par être un peu fous, c’est le moyen d'arriver à quelque chose, car « la France est un pays bleu gouverné par des comités rouges”. Ce rouge est à la mode parmi nos parlementaires au début de leur carrière : « Le jacobinismeest une maladie de jeunesse dont les hommes d’esprit sontassurés de guérir. til citait en grec le vers d’Homère qui dit : Les esprits bien faits sont guérissables. Il admirait beaucoup les hommes d’État anglais et c'était pour leur ressembler qu'il avait pris l'habitude de citer les poètes grecs en grec. A cela près, il pratiquait peu leurs leçons : en Angleterre on naît tory et on devient libéral ; en France on suit la méthode inverse“. » Plus que le libéralisme même, ce qu’on appelait alors l’opportunisme, qui était une indépendance d’esprit parfaite et la faculté de modeler ses opinions sur les événements, lui paraissait désirable : « Il était à mille lieues de se douter que la haine de l’opportunisme ressemble beaucoup à la haine du sens commun‘. » Il faut en effet savoir vivre avec son époque, or : « nous vivons dans un temps où les peuples les plus soumis demandent à leur gouvernement de s’expliquer*. » La majorité a le pouvoir et c’est justice, mais pourquoi accepter de le lui laisser exercer en toutes occasions? : « IL siège à la Chambre dans la partie la plus raisonnable du centre droit mais en ayant soin de voter quelquefois contre le gouvernement. » Opportunisme également que le talent de savoir faire usage des éléments les plus subversifs qui s’agitent dans l’état : « Un poète de l’antiquité, Aristophane, que j’adore parce qu’il exécrait les Sans

. Samuel Brohl et Cie, p. 136.

. La Ferme du Choquard, p. 280.

. Le fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur, p. 34. . Noirs el Rouges, p. 104.

. Meta Holdenis, p. 185.

. Idem, p, 269.

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culotte a dit qu'il ne faut pas gouverner au profit des coquins mais qu’il est impossible de gouverner sans eux‘. » Mais le principe sacré d'égalité si cher aux hommes de 89 comme à ceux de 48 devrait à son avis être inspiré de plus d'équité : « Si les hommes sont égaux pourquoi ne veux-tu pas que tel baron vaille autant pour le moins que tel valet de ferme*? » Hélas, la démocratie est triomphante et le peuple-roi envahit tout pour le plus grand dam de nos plus belles traditions : « On entend partout un bruit de sabots qui arrivent et de bottes vernies qui s’en vont’. » Beaucoup de sarcasme se mêle à cette description d’un tableau symbolique des classes basses en marche vers le progrès peint par un artiste bien intentionné : « Une troupe de prolétaires à qui l'artiste trahi par son inspiration avait donné des figures de galériens, regardaient passer ces rois attelés et acclamaient la République triomphante. C'était la déchéance des princes, l’apothéose du voyou et une façon de résoudre la difficile question de la main-d'œuvre‘. »

En définitive, garder la voie médiane et s'entendre à s’accommoder aux goûts du temps, voilà la vraie philosophie en matière de politique, c’est la sagesse telle que la conçoit notre historien : « Vivre et laisser vivre les autres, même les hommes et les idées qu’on n’aime pas, voilà le fond du libéralisme*... » Malheureusement il faut compter avec Paris par qui la Chose publique est constamment plongée dans le désordre ; sans lui tout serait si facile, mais il n’y faut guère songer : « Il n’avait jamais aimé ce grand et bruyant Paris, qu’en bon légitimiste il appelait une pétaudière d'hommes d’esprit ingouvernables*. »

L’attitude de Cherbuliez vis-à-vis de la politique nous a paru intéressante à connaître, car elle devra nécessairement influer en quelque mesure sur son esprit d'historien. Elle constitue le facteur personnel quelquefois infime, quelquefois considérable qui presque inévitablement détruit l'équilibre d’un jugement qui autrement serait rigoureusement impartial.

Quelle a été l’œuvre historique de Cherbuliez? Quelles ont été les limites de son champ d'investigation?

D'abord et surtout il convient de mentionner L'Allemagne poli-

. Le fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur, p. 37. . L'Idée de Jean Téterol, p. 171.

. Idem, p. 159.

La Ferme du Choquard, p. 99.

. L'Idée de Jean Téterol, p. 178.

. Le Roman d’une Honnéle Femme, p.75.

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