‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 219 sur 298 · Consulter également le chapitre Tradition idéaliste · texte numérisé non relu

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idées généreuses et vraiment humaines issues à la fois du cœur et de l'esprit :

« Comme l’a fait remarquer si justement M. Sorel, ce fut l'invasion étrangère qui sauva la Révolution. Elle arracha à leur utopie ces cosmopolites, ces logiciens en délire, elle réveilla en eux les sentiments naturels, ces instincts, ces préjugés transmis sans lesquels il n’y a pas de peuples... La passion pour une idée se joignant à l'enthousiasme patriotique, ces deux flammes se surchauffant l’une l’autre, les cœurs s’embrasèrent et on put croire que la température de l’âme humaine avait brusquement changé... Ces cosmopolites redeviennent de vrais Français. Leurs actions, leur langage, leurs vertus, leurs vices, leur façon de raisonner et de déraisonner témoignent de l’éducation qu’ils ont reçue; ils sont tels que les siècles les ont façonnés. La France étant le pays où s'était réalisée dans sa plénitude l’idée de la souveraineté politique s’incarnant dans un homme... » (Un nouveau livre sur la Révolution française : L'Europe et la Révolution par Albert Sorel, Reoue des Deux Mondes, juillet 1885).

Fidèle à la traditionidéaliste, Valbert a persisté à vouloir retrouver à travers les mœurs, la politique, la philosophie, la littérature, la religion, les idées se développant chez chaque peuple grâce au climat moral qui lui est propre. C'est en cela que se retrouve l'unité, la continuité de son œuvre de publiciste. Si nous admettons ce postulat, il sera désormais facile d’effectuer des groupements cohérents de ses articles. Pour l'Allemagne, pour l'Angleterre, pour la France jusqu’à un certain point, on peut discerner ce plan original. On voit pour ces pays un enchaînement d'idées-forces se manifestant dans leur façon de vivre, dans leur politique intérieure et extérieure, dans leur expansion coloniale, dans leurs problèmes économiques et sociaux.

L'Angleterre, alors en plein développement, a fourni à Valbert un vaste champ d’études qu'il a su fort bien exploiter. Il a jugé l'Anglais plutôt en Suisse qu’en Français, ce qui à cette époque était désirable, car pour nous ce mot n’évoquait guère à notre esprit que des termes d’opposition, d’antagonisme : l'Égypte, Suez, Fachoda, la guerre des Boërs, le tunnel sous la Manche, etc., exemples de rapacité, de morgue, de « kant », d’égoïsme et d’injustice foncière. Or, nos réactions contraires, tout en ne laissant pas d’être souvent justifiées, étaient par trop colorées par la passion pour être équitables et même raisonnables. Valbert, jugeant plus sainement les plus respectables d’entre les hôtes étrangers de son pays d’origine, nous a

rendu le service de corriger ce que notre sentiment avait de faussé. À cet égard ne peut-on dire qu’il fut un des plus utiles artisans de ce qui devait par la suite devenir l’entente cordiale?

Ayant de longue date pratiqué les Britanniques, il les estimait un peuple d’excentriques, ce qui a toujours été l’opinion que nous en avons eue depuis Voltaire, mais il leur rendait justice à l’occasion. D'abord quoiqu’on fasse, on ne peut se défendre en Europe de vouloir singer l’Anglais, ce qui est en somme une forme non équivoque d’admiration : « Il n’y a pas, dit-il, de nation en Europe qui n'ait ses anglomanes.….. » Chez lui, les défauts sont fréquemment la contrepartie de ses très réelles qualités : « Otez à l'Espagnol son indolence d'hidalgo, à l’Allemand ses gros appétits, à l'Italien cet excès de finesse dont il est souvent la dupe, au Français sa déplorable habitude de se passionner pour des affaires de bibus auxquelles huit jours plus tard il ne pensera plus, vous leur aurez rendu service. Otez à l'Anglais un peu de sa morgue, de son intraitable orgueil ; donnez-lui la sensibilité sympathique qui lui manque, la faculté d'entrer librement dans l’âme et les sentiments d'autrui, vous aurez peut-être affaibli cette puissance de conviction, cette confiance en lui-même et en son droit, cette fermeté du vouloir qu’on a souvent admirées en lui, et vous l’aurez rendu moins propre à remplir sa mission dans le monde... » (L'éducation et la réforme de linstruction publique en Angleterre, juillet 1894).

L’Anglais est donc selon Valbert, curieux, difficile à connaître et à comprendre : « Non seulement l’Angleterre, mais chaque Anglais est une île. » (Les conférences de Bruxelles et de Saint-Petersbourg , mars 1875). Cette île a son climat, différent des autres ; c’est sous son ciel gris qu’il convient de l’aller étudier : « Comme les Hindous, les Andalous, et les Napolitains sont à leurs heures des idéalistes et des poètes; c’est assez d’un air de guitare, ils n’appartiennent plus à la terre, ils oublient qu'ils ont un corps, et l'Anglais n’oublie jamais le sien. Les beaux climats invitent l’homme à se répandre au dehors, à se communiquer, à s’abandonner, à se donner. Les climats tristes l’obligent à se replier sur lui-même, à y trouver son univers et à s’y enfermer comme dans une impénétrable solitude. C’est dans les climats tristes que fleurit le culte de l'intérêt personnel, l’adoration, l’idolatrie du moi.

« L’Anglais dans ses relations avec son prochain s’en tient à la stricte justice, qui est toujours injuste, et son égoïsme, quand il n’est pas envahissant ou agressif, garde à jamais l'attitude d’une défensive implacable et féroce.

« Ilest des sentiments doux que l’Anglais n’éprouve jamais et la véritable amitié sera toujours pour lui lettre close. » (Un Parsi à Londres et ses réflexions sur la civilisation anglaise, mars 1894). … L’Anglais adore avant tout la liberté, mais que dire des institutions dont il se plaît à s’entourer?

« Est-il rien de comparable au repos du dimanche anglais? On n’en à jamais mesuré la hauteur, la profondeur et la longueur.

« Ennemi juré de tout ce qui le met à la gêne, il a réduit la famille à sa plus simple expression : toi et moi, ou selon les cas, moi et toi; Le reste, ce sont les autres ou le prochain, et les autres commencent à l'enfant... » (La supériorité des Anglo-saxons et le livre de M. Demolins, octobre 1897).

Le sentiment d'égalité n’a pas cours non plus en Angleterre : « La considération y est plus que partout ailleurs inséparable de la richesse. » Et ainsi : « L’Anglais prend facilement son parti des injustices qui servent à quelque chose. L’expérience lui a appris qu'il est des abus utiles. » (Les colons français et le comité Dupleix, juin 1896).

L’Anglais peut nous paraître déraisonnable, et sans doute l’est-il si nous lui appliquons notre règle de pensée; mais quand il divague ce n’est pas pour les mêmes causes que nous :

« Les deux nations sont sujettes à avoir leurs nerfs, mais ce n’est pas de la même façon. Ce qui affole parfois les nerfs français, c'est l’espérance ou la colère. Quand les Anglais déraisonnent c’est le spleen qui en est est la cause. Personne n'’égale l’Anglais dans

l'art de donner un air de vérité à un conte de nourrice... » (L’agi-

tation anglaise contre le tunnel de la Manche, mai 1882).

La langue anglaise elle-même ne contribue pas peu à créer cette impression de divagation apparente : « Les étiquettes ne sont nulle part aussi trompeuses que dans le pays où les médecins sont encore des physiciens et les pharmaciens des chimistes. » (Éducation en Angleterre, déjà cité).

Mais l'Anglais plus que le Français est doué de bon sens : « Ce bons sens ne consiste pas à ne jamais déraisonner, il consiste plutôt à compenser une déraison par une autre déraison. Dans toute l'étendue du Royaume-Uni, l’exagération règne, elle ne gouverne pas. » Lord Beaconsfield et la dissolution du Parlement, août 1879) .. Et encore : « Les Anglais disent toujours des sottises; ils en font moins que nous. » (M. Gladstone et les embarras de la politique anglaise, juim 1885). C’est qu’ils ont une croyance fixe sur laquelle se concentre toute leur lucidité : l’utilitarisme ; « c’est le sens pratique, ce

que Napoléon 1” appelait l'esprit de la chose... » (Les principes coloniaux d'un naturaliste américain, juillet 4899); car quoique : « l'Anglais aime à se plaindre de sa félicité, à gémir de son opulence sous le poids de laquelle il succombe; encore qu’il se considère volontiers comme le martyr de son bonheur, » il n’oublie jamais son intérêt propre : « Une pensée commerciale se mêle à toutes les entreprises philanthropiques de l'Angleterre. » (La puissance coloniale de l'Angleterre, juin 1884). Mais en est-il plus heureux pour cela? Valbert en doute : « Rien n'est plus raisonnable en apparence que l'utilitarisme. Il méprise tout ce qui lui paraît inutile et pourtant que deviendrait un peuple qui cesserait de croire à l’utilité de l’inutile? » (Le cabinet Tory, lopinion anglaise et la question d'Egypte, février 1878).

Mais l’Angleterre n’est pas, tant s’en faut, satisfaite de son sort, si prospère qu'il puisse paraître. Qu'on se rappelle toutes les entreprises dans lesquelles elle se croit obligée de s’engager, or « les gens qui ont fait leur chemin; qui sont pour ainsi dire assis dans leur bonheur, ont peu de goût pour les aventures... C’est un bonheur trop compliqué que le bonheur anglais... » (Progrès de la Russie dans P Asie centrale et les ombrages de l'Angleterre, août 1875). Son sens pratique la pousse à l’utilitarisme et ce dernier aux compromis : « C’est un principe de la politique anglaise que pour avoir ses coudées franches dans le monde, elle doit se ménager l’amitié d’une puissance continentale toujours disposée à lier partie avec elle » (M. Gladstone et les embarras de la politique anglaise, déjà cité); et voilà l’explication du « concert européen ». Valbert nous montre dans ses articles l’Angleterre donnant le « la » à la France, mais ne parvenant à apprendre le moindre pas à l'ours russe et même étant passablement déconcertée devant lui. La sourde rivalité de ces deux puissances l’a vivement intéressé. Dans Progrès de la Russie, il décrit : « la dextérité moscovite aux prises avec les artifices britanniques, la fausse bonhomie s’efforçant de tenir en échec l’apparente franchise ». Partant des menées de ces deux pays il construit le jeu compliqué de la politique internationale. |

Mais des joueurs secondaires sont aux prises eux aussi, et les enjeux, pour n’en être pas aussi élevés, sont néanmoins appréciables. L'Allemagne d’une part, la France de l’autre continuent à être rivales.

Nous avons montré dans d’autres chapitres combien Cherbuliez avait fait preuve de compétence dans tout ce qui avait trait aux mœurs, à la politique, aux idées de nos voisins d’outre-Rhin. Après

la guerre de 1870-71, il continua de leur consacrer nombre d’articles, on pourrait dire qu'ils constituent le gros de sa production de publiciste, et ces articles d’une diversité étonnante firent de lui un des spécialistes de ce pays des plus qualifiés et des plus estimés que l’on connaisse.

On a l'impression à la lecture de ces articles que, contrairement à l'Anglais, l'Allemand est excellent homme quand il ne veut être qu'humain mais que le sentiment national intervienne et le voilà qui se rend parfaitement insupportable au reste de l'univers. Valbert nous montre le teuton indépendant d’esprit et de jugement et pour lui n’éprouve qu’indulgence et sympathie. Henri Heine, « celui qui s’appelait un rossignol niché dans la perruque de Voltaire », fut un de ces Allemands qu’il admirait fort : « ce fut à la fois le moins évangélique des hommes et le plus vraiment biblique des poètes modernes... » Évidemment, il avait échappé à l’atmosphère alourdissante de son pays, et à ce titre s’était acquis du mérite aux yeux de notre auteur : « Au lendemain de la révolution de juillet, je rompis mon ban et je vins m'établir en France, où j'ai vécu depuis, tranquille et content, en Prussien libéré »... « La jeune Allemagne après l’avoir proclamé son chef ne tarda pas à se brouiller avec lui. La démocratie lui plaisait, il goûtait peu les démocrates, et il exigeait que l’athéisme fût de bonne compagnie. » Comment aurait-il pu vivre heureux chez lui : « au génie de l’'ingratitude et de l'irrévérence il joignait la fureur de l’indiscipline, et son merveilleux bon sens autant que son imagination fantasque l’'empêchaient de se donner à personne » (Henri Heine et ses derniers biographes allemands, avril 1886). Parmi ces Allemands qu’il estimait il y a encore Berthold Auerbach (octobre 1884), autre libéré... « l’un des plus célèbres romanciers allemands, celui de tous qui est le plus connu en France. Aucun écrivain n’a répandu dans ses livres avec plus de profusion toute l’abondance de son moi. C'est là à la fois son charme et son défaut...» Comme à Henri Heine, Valbert lui reconnaît des qualités de romantique naturelles pour un Allemand, celles qui sont nécessaires au. maintien de son climat moral : « Le romantisme qui n’a été en France qu’une école ou une mode littéraire, fut en Allemagne un dogme, une religion, une règle de mœurs, à laquelle on se faisait gloire de conformer sa vie. » (Quelques Allemands du temps présent, décembre 1896). Il est vrai qu'il appelle Heine un romantique défroqué... Le baron Nothom (octobre 1882) que Cherbuliez connut fort bien dans sa jeunesse, est encore un de ces Allemands avec lesquels bon gré mal gré nous

avons des liens d’affinité : « Le baron Nothom aurait eu mauvaise grâce à détester, à dénigrer la France; il était français par toutes les habitudes comme par toutes.les préférences de son esprit. II a passé près de la moitié de sa vie en Allemagne, il s’y était acclimaté, il s’y trouvait bien, mais c'était tout, il n’est pas devenu allemand... Malgré les attaches qu’il avait en Prusse, M. Nothom qui avait été nommé baron en 1857 continua toujours de voir le monde et l'Allemagne par les yeux d’un bourgeois roman, ami des solutions claires. » N'oublions pas non plus l'historien Léopol de Ranke!, autre Allemand d'esprit semblable. Là où Sainte-Beuve eût vu des « familles d’esprits » Valbert voyait des regroupements de types au delà des frontières, grâce à ce qu’on serait tenté d’appeler des « familles d'idées ». Cherbuliez a essayé de simplifier le problème, car il était grand amateur de simplifications, quoique trop fin luimême pour y croire entièrement : « La vérité est toujours simple, me disait un jour Pasteur, rapporte-t-il, car le simple est le fond des choses » (Dupleix et son bi-centenaire, février 1897). Mais quand il s’agit de tout un peuple, on peut à la rigueur le caractériser en isolant quelques-unes de ses tendances les plus énergiques ; on ne l’explique pas en entier malgré cela. Il nous met en garde contre les généralisations trop simplistes dans ce domaine où des éléments tellement variables ou inconnus viennent à tout bout de champ brouiller ses données les plus sûres : « Les caractères nationaux sont infiniment complexes... La France qui aime à rire a produit Calvin, Pascal et M. Guizot » (Un pamphlet anglais contre les préjugés anglais, mai 1877). Il est plus facile et sans doute plus judicieux de faire passer les idées avant les gens et de considérer ceux-ci comme des produits de celles-là. Un Français le sera d'autant plus que son esprit et son cœur se seront formés à l’aide d'idées françaises et s’en seront accrus ; non pas parce qu'il sera né à proximité de Paris ou qu’il comptera dans ses ancêtres une lignée ininterrompue de gens qui n’ont jamais voyagé. Une géographie de la France ainsi conçue nous ménagerait des surprises. Il nous paraît pour notre part assez juste que, là où un idéal attribué pour l'ordinaire à un certain pays s’acclimate, on assiste à une conquête pour ce pays : « la vérité est toujours simple » et c’est le triomphe d’une simple vérité.

La vraie patrie des esprits ouverts du commencement du xix° siècle fut l'Allemagne : « Pendant la première moitié de ce

41. Frédéric-Guillaume IV et Léopold de Ranke; Revue des Deux Mondes, septem-

bre 1887.

siècle, le rationalisme optimiste fut la philosophie en vogue dans toute l'Allemagne. On disait avec Hegel que tout ce qui existe est raisonnable, que l’histoire est une évolution progressive, le progrès dans la conscienee de la liberté. Un philosophe qui expliquait la création du monde par l’égarement fatal d’une volonté inconsciente et aveugle qui est le principe de tout, devait passer en ce temps pour un mauvais plaisant ou pour un fou mélancolique. Mais, depuis, une révolution s’est faite dans les esprits, avant même que les faits aient donné raison aux théories reposant sur la force primant le droit. L’optimisme a fait place dans les spéculations de l'intelligence au plus noir pessimisme; une race d’esprits moroses et vitupérateurs s’est élevée qui a tôt fait de faire de ses indépendants des ilotes ivres d’une incompréhensible joie dont on n’a que faire dans les pays du septentrion : grattez le philosophe, et vous ne trouverez au fond de son système qu'un Allemand de mauvaise humeur... » (Schopenhauer, l’homme et le philosophe d'après une publication récente, septembre 1893). La notion d'art perd sa valeur si elle ne peut se mesurer à l’étalon utilitaire et c’est ainsi qu'apparaît cette race des « barbares » que Barrès a étudiés avec tant de minutie. « Que faut-il entendre par un barbare ? » demande Valbert, « C’est un homme qui méprise ce qui ne sert à rien et qui est incapable de sentir l’utilité de l’inutile... » (Une révocation à l'Université de Berlin; septembre 1877). Ce qui n'empêche d’ailleurs nullement le peuple germanique d'adorer les discussions sans issue :

« Beaucoup d’Allemands une fois qu'ils se sont mis à raisonner éprouvent le besoin de raisonner sur tout ; leur suprème plaisir est de discuter l'indiscutable » (Un ennemi des préjugés, septembre 1879); et d’ailleurs : « il est peu d'hommes même au delà du Rhin qui soient capables d'aller jusqu’au bout de leur raisonnement » (Les relations de l'Allemagne et de la France d'après une brochure allemande, novembre 1875). Après Schopenhauer, Nietzsche entraîne ses compatriotes bien loin du terrain d'entente possible avec les aütres peuples, et particulièrement les Français; désormais on apprendra à haïr avec méthode et à donner un nom à sa haine. Cherbuliez annonce ce notable champion du culte de la force :

« Personne ne veut plus de mal à la société moderne qu’un penseur allemand, le D' F. Nietzsche, ex-disciple de Schopenhauer en révolte contre son maître... » (Le D' Friedrich Nietzsche et ses griefs contre la société moderne, octobre 1892). Les hégéliens ayant quitté la partie, le réalisme étant devenu l'inspiration des tendances nou-

velle, l’ère de la barbarie s'ouvre, peu importent au fond les modalités : « Radicaux et césariens s’entendent également à concilier la civilisation matérielle avec cette demi-barbarie qu'engendre tôt ou tard le règne de la médiocrité » (L'Allemagne nouvelle jugée par un Allemand, octobre 1880).

Quant à la politique intérieure qui découle de tout cela, elle est incertaine, du moins en apparence, car les partis sont instables. Quelques titres que nous prenons au hasard nous indiquent assez bien cet état de cerise : Les récentes inquiétudes de l'Allemagne (juin 1875), « dans laquelle l’incomparable metteur en scène qu'est M. de Bismarck donne une pièce qui pourrait être intitulée : l'air d’avoir l'air de s'inquiéter; à la seule fin d’inquiéter les autres ». Valbert montre le chancelier lançant un ballon d'essai pour voir si quelqu'un viendrait au secours de la France en cas d'agression, et il trouve l’Angleterre et la Russie, d’où sa perplexité.. C’est dommage car une bonne guerre réconcilierait les partis; en attendant des difficultés s'élèvent constamment car : « de toutes les formes de gouvernement, il n’en est pas de plus difficile à organiser qu’une confédération ou qu’un état fédératif* ». « L'on peut affirmer, sans être un prophète, que l’empire croulera ou que le nouveau règne, quoi que fasse M. de Bismarck, cherchera et trouvera dans le parti libéral son point d'appui » (Les attentats du 11 mai et du 2 juin, juillet 1870). « M. de Bismarck n’a pas voulu que la constitution de l'empire fût l’œuvre exclusive d’un parti et on ne saurait l’en blâmer. On peut dire que pareillement le nouvel empire germanique esl une création équivoque qui tient à la fois du césarisme et de la monarchie constitutionnelle, mais qui n’est franchement ni l’un ni l’autre. Les Allemands ont le sentiment vague ou précis qu'un jour ou l’autre il faudra décider cet être, et ils demandent comment la cerise se dénouera; si c’est la réaction ou le libéralisme qui aura gain de cause » (L'avenir politique de l’empire allemand, février 1881).

Cependant la paix et l'harmonie entre les nations européennes sont relésuées au rang des utopies lointaines. Que dit Valbert du désarmement?

Dans Les Conférences de Bruxelles et de Saint-Pétersbourg (mars 1875), il estime qu’ « il est singulièrement difficile, sinon impossible de légiférer sur la guerre qui supprime ou suspend toutes les lois et fait retourner momentanément les sociétés à l’état de nature... La

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