‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 225 sur 298 · Leguay. j 2. Camille Bellaigue. Correspondant · texte numérisé non relu

Leguay. j 2. Camille Bellaigue. Correspondant

IL admirait toutefois les manifestations de l’énergie, soit en bien soit en mal; et cette unité se retrouve dans ses romans autant que dans ses articles de la Revue. Quoiqu'il fit il ne semblait pouvoir se départir de cet esprit friand d'analyse etsans cesse porté à moraliser. De plus en plus au fur et à mesure des années cette double tendance se développait, s’affermissait en lui. C’est là qu’ilfaut rechercher son évolution d'écrivain. Dans Rouges et Noires, par exemple, écrit en 1881, on retrouve presque invariablement à la fin de chaque alinéa une tirade moralisatrice. Le roman ne valait à ses yeux que par là.

« Le romancier, je veux dire le moraliste et le psychologue », dit Brunetière, « reparaissait dans la connaissance qu'il avait des caractères, dans les analyses qu’il faisait des vrais mobiles des actions des hommes — des Gladstone et des Disraëli, des Bismarck et des Cavour, des Alexandre et des Guillaume, des Gordons et des Garibaldi’. »

Si donc Cherbuliez était avant tout psychologue et moraliste, pourquoi s’est-il fourvoyé dans le roman, un genre qui au dire de certains n'était pas le sien ? Telle est la question que l’on a posée maintes fois.

La forme romanesque que choisit Cherbuliez étonna quelque peu ceux qui connaissaient la direction philosophique de ses idées : Taine, Schérer, lui reprochèrent longtemps de ne pas avoir «écrit le livre pour lequel il était fait », et Ernest Renan, à l’Académie, lui avoua plus tard sa déception avec une délicieuse bonhomie en lui révélant l'opinion qu’il professait pour ce genre soi-disant inférieur, le roman. « Une longue fiction en prose me paraissait une faute littéraire. L’antiquité n’a composé de romans qu’à son âge de décadence, et en général n'en a composé que de courts. Pour moi, devant ces attrayants volumes qui offrent le tableau, souvent vrai, des mœurs contemporaines, je suis partagé entre deux sentiments, l’ardent désir de les lire et le regret qu’on n'ait pas pratiqué en les imprimant, l’ancien système des manchettes, qui permettait de ne parcourir que les marges. La vulgarité et la prolixité sont le danger d’un genre où le lecteur ne cherche guère qu'une distraction et qu'un amusement. » À cela on pourrait répondre que Cherbuliez eut l’habileté de ne pas sombrer dans la prolixité et le délayage, que l’imprévu de l'intrigue romanesque et le développement des caractères grâce aux situations auxquelles ils se trouvent mêlés soutiennent l'intérêt mieux et plus puissamment

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