Revue Bleue
croit pas avoir donné dans ce dernier travers, du moins il n’y croit pas, Le réprouve : « L’exagération (dans le roman) est la pire des vulgarités » ({déal romanesque en France, p. 73) De plus, alors même qu'on serait tenté de se le permettre, il faut toujours compter avec son public : « Le romancier n’a pas de concessions à attendre de son lecteur, il est tenu à une sorte d’exactitude littérale dont le poète est dispensé » (Même ouvrage, introduction, p. 5).
André Beaunier, déjà cité, trouve que : « le romanesque de Cherbuliez a ses qualités propres... D’abord il est très bien fait et si compliquée que soit l’intrigue, elle paraît toujours claire » .. « Et surtout ce romanesque ne va pas jusqu’à l’invraisemblance et l’absurdité. C’est l’écueil du genre...‘ »
Il y a plusieurs façons pour un roman d’être romanesque : par le caractère de l'intrigue par exemple, par la nature tant soit peu outrée des personnages, par la peinture des sentiments exaltés, enfin par le détail et le cadre. Quelles sont de ces caractéristiques celles qui se rencontrent surtout dans les fictions de l’auteur?
Voici ce qu’en disent les critiques :
« Il y a beaucoup de montagnes au pays de M. Cherbuliez, un peu trop peut-être. Je sais plus d’un lecteur que cet imprévu finit par déconcerter. Les intrigues ne perdraient rien à un peu plus de suite et de vraisemblance... Eh oui! l'intrigue cloche plus d’une fois, mais quel attrait que cette vivacité des impressions... que vous apporte chaque page!
Avant tout, a-t-on le droit de se plaindre des invraisemblances, des incohérences même des histoires que raconte M. Cherbuliez? Dès la première page il a au contraire toutes sortes de façons de dire : Prenez-y garde, l’histoire que je vais vous conter n’est jamais arrivée... Ah! qu'il est bon quand on connaît trop son G. Sand de s’adresser à M. Cherbuliez° !….
D'ailleurs, pourvu que l’auteur observe les règles du jeu, le lecteur ainsi prévenu consent volontiers à faire semblant de croire. Autrement où en seraient les faiseurs de feuilletons dont les faciles moyens d’émouvoir font verser de si agréables larmes aux ouvrières au cœur sensible ? Le public bourgeois auquel s’adresse le romancier réagit moins vigoureusement mais tout de même il sait être touché :
« ILest certain qu’ilarrive à plus d’un personnage de M. Cherbuliez des choses fort extraordinaires, des aventures inouïes qui exas-