Voir le chapitre : Roman cosmopolite
qui se rencontrent tous les jours... Il a l'horreur du banal; il en a même trop l'horreur’. »
Un critique étranger trouve que l’extraordinaire, le romanesque des personnages ne réside pas dans la peinture de leur caractère mais bien plutôt dans les rapports peu naturels qui existent enire eux : « Ces tableaux dans lesquels nous sont présentés des gens. en rapports quelque peu artificiels les uns envers les autres”... »
Le romanesque des personnages est d’ailleurs plutôt un attrait qu'un défaut chez le romancier. On ne leur en veut pas de leur petit grain de folie. Bien que sortant de l'ordinaire ils ont reçu le don de vie. Parlant dela très attrayante Miss Rovel, M. Leguay nous explique pourquoi elle nous plaît tellement malgré ses improbabilités flagrantes : « Elle a on ne sait quoi de délicieusement allègre qui enlève le lecteur. Celui-ci, toutefois, pour peu qu’il soit attentif à son plaisir, s’en explique bientôt la cause en découvrant qu'il est amoureux de Miss Rovel ». Notre imagination qui, quoi qu'on en dise, est plus à l’aise quand elle n’est pas resserrée dans une réalité trop étroite, trouve souvent moyen de nous atteindre assez profondément en se servant de nos sentiments. L’imagination romanesque de Cherbuliez avait ce pouvoir. Citons à ce propos un passage du livre de M"° M. L. Pailleron : « En 1873, Victor Cherbuliez écrivit un charmant roman, peut-être le meilleur Méta Holdenis. Il faut bien m'arrêter à celui-là. Méta Holdenis produisit à La Revue une vive sensation, et le directeur lui-même éprouva pour Méta un singulier coup de foudre... Elle n’existait pas? il l’inventa; de cette fiction il fit une réalité, interrogea le romancier sur le compte - de la charmante fille qui possédait tant de qualités féminines (même la fourberie) s’intéressa à son sort, tantet si bien qu’il lui semblait que Méta punie de ses méfaits dut vraiment souffrir de son châtiment.»
Ernest Renan qui connut cette extraordinaire aventure, la rappela à Victor Cherbuliez lorsqu'il le reçut à l’Académie: « François Buloz faillit se brouiller avec vous à cause du dénouement de Méta Holdenis. I rêvait une secrétaire pour La Revue toute pareille à cette jeune protestante, qui savait si bien écrire les lettres, lire le nom des astres, et faire des confitures. Elle l'avait ensorcelé; il ne parlait que de Méta... Une jeune allemande, instruite, semblable à elle, eût à son gré fort bien dirigé La Revue comme elle dirigeait la
41. P. Sirven. Revue Bleue. Portraits contemporains, pp. 620-626, 1893. 2. T.S. Perry. Atlantic Monthly, vol. 37, 1876. Victor Cherbuliez.