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maison de M. Mauserre. Nous l'avons échappé belle, » conclut Ernest Renan.
Pour ce qui est du romanesque se manifestant dans la peinture des sentiments exaltés, nous avons déjà vu et nous le reverrons ultérieurement, il est fort en évidence. À côté des hommes peu équilibrés et portés à divaguer à propos de tout et de rien, et qui sont nombreux dans son œuvre, il y a encore toutes les femmes, toutes les jeunes filles surtout, chez lesquelles une sensibilité et une imagination à la Rousseau sont des caractéristiques inévitables. La Nouvelle Héloïse communiquant épistolairement ou de vive voix ses états d’âme revit sans cesse sous la plume de l'écrivain. Soit dit en passant, les confidences par lettres, qui permettent les longs épanchements à la première personne, bon moyen si l’on n’en abuse, ont été largement employées par lui. Ge n’est que vers le milieu de sa carrière qu'il y renonça tout à fait.
C’est dans le cadre et dans le détail que l’élément romanesque apparaît généralement comme le plus mécanique, le plus artificiel. le plus répréhensible. Cherbuliez a péché par là abondamment et souvent. Comme le dit M. Leguay dans l’analyse qu'il fait de Raymond Ferray, un des personnages de Miss Rovel : « la prodigieuse précocité de ce garçon qui savait à dix-huit ans l’hébreu, le persan et l’arabe, laisse fort sceptique... »
Les barbes postiches, les travestissements, les portes dérobées, sont à la vérité des procédés feuilletonesques. IT est regrettable que Cherbuliez y ait si souvent eu recours. Les escalades de rochers abrupts, de tours élevées, inaccessibles à nul humain sauf au héros, les chevaux emportés qu’on arrête en un tour de main et sans nul dommage, les prouesses au tir, font sourire le lecteur qui reconnaît bien là les procédés caducs des romanesques bon teint d'autrefois. Alexandre Dumas père aurait hésité lui-même à nous faire accepter des improbabilités dans le genre de celle-ci: Dans Stanislas Bolski, la belle M**° de Liévitz se rend à Saint-Petersbourg « obtient de l'Empereur séance tenante douze lettres de grâce, douze blancs seings qu'elle rapporte en triomphe... » (L’Aventure de Stanislas Bolski, p. 254). Ce n’est pas plus difficile que cela!
« Dans Samuel Brohlet C° tous Les ressorts du roman romanesque sont mis en œuvre : les deux amoureux rivaux, le bon et le mauvais; un duel, un homme qu’on croit tué dans ce duel et qui ressuscite à point nommé pour épouser l’héroïne; la croix de ma mère, elle-même dans l'espèce un bijou persan composé de trois plaques
d'or dont l'une est à secret et contient le mot de l'énigme avec le dénouement... »
M. André Bellesort cite de ce même Brohl un passage Intéressant pour son procédé de romanesque à surprise : Samuel fait une petite tentative de chantage; il s’agit d’une lettre répandant un parfum discret.
« Cinq mille. Deux lettres dont le style est tendre? Dix mille. M. Langis aligne vingt-cinq billets de mille francs. Samuel les prend : Si vous aimez les étonnements, monsieur, veuillez rester encore une minute dans cette caverne. Il roule les vingt-cinq billets, les approche d’une bougie, les enflamme et les jette dans la cheminée. — Et maintenant, monsieur, me ferez-vous l'honneur de vous battre avec moi? — Après un sibeautrait, je ne puis rien vous refuser, dit M. Langis. »
« Samuel Brohl ne saurait espérer de son geste magnifique que l’honneur de donner ou de recevoir une balle de pistolet ou un coup d'épée. Alors, pourquoi le fait-il? Parce qu’on ne joue pas impunément la comédie. Un moment vient, si on est bon comédien, où le rôle vous emporte, au mépris de votre intérêt. A force de représenter Abel Larinski, Samuel Brohl l’a été une fois, réellement, sincèrement. Le duel a lieu”. »
Le romanesque est ungenre, une manière; le romantisme est une tournure de l’esprit lui-même. Dans un roman romanesque, 1l est entendu qu’auteur et lecteur prennent part à un jeu. Le romantisme se prend beaucoup plus au sérieux. Toutefois il arrive que par ses procédés ce dernier emprunte au premier ses formules, que le romancier romanesque aussi bien que le lecteur se piquent au jeu. Dans ce dernier cas, on voit le ton monter, s’enfler parfois, l’'improbable ou l'extraordinaire, marque habituelle du romanesque, devient alors le démesuré. Cherbuliez a souvent passé, sciemment ou non, armes et bagages au romantisme. « Il faut se montrer doux pour les romanciers de la queue romantique » a dit Zola de lui. Cela est inexact, car Gherbuliez est en marge du grand mouvement qui agita les esprits de la première moitié du xix° siècle. Par toutes ses tendances et ses aspirations il appartient à son époque. Mais il est probable que le style d'Hugo a dû enchanter sa jeunesse et par endroits sa façon d’écrire s’en ressent. La liste de citations suivante servira à le prouver :