‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 237 sur 298 · Leguay · texte numérisé non relu

Leguay

2. A. Bellessort. Livre du Centenaire, Revue des Deux Mondes. 1999.

Dans Le Comte Kostia (p. 115) : « Ah! Dieu soit loué! j'ai tué le sourire. Le sourire n’est plus. J’ai enterré le sourire. »

Ibid. (p.117) : «fly a des yeux derrière la porte!.. Il y a des yeux!.. Il y a des yeux! » C’est la fameuse phrase à trois temps.

Ibid. (p. 159) : « Ah! cette honte, bois-là! Elle est à toi, je te la rejette à la face!.. Écoutez-moi bien, saints perfides et menteurs, je vous maudis cent et cent fois! Je vous maudis parce que vos entrailles sont de pierre ! Je vous maudis parce que vous n'êtes que des vanités insolentes qui quêtez des hommages et repoussez ensuite du pied les petits qui sont prosternés devant vous! Je vous maudis, parce que vous êtes pareils à des chiens parasites et mendiants qui s’en vont de porte en porte, demandant qu’on les chatouille et qu’on les gratte, et qui mordentla main dont ils furent nourris et caressés! »

Les paroxismes dont le style de Victor Hugo est plein, et qui ont un peu à tort été imputés à toute l’école romantique, se retrouvent nombreux chez Cherbuliez : « La face humaine m’est devenue odieuse. Des loups! Je voudrais voir des loups! » (Paule Méré, p. 268)... « Elle a menti, la lumière même du soleil est impure » (Ibid., p. 300)... Dans Joseph Noirel : «Il attachait sur elle un regard d’une effrayante fixité » {p. 203)... Et encore : « S'il eût retourné la tête il aurait été effrayé du regard qu’attachait sur lui son ouvrier » (p. 283)... Dans Ladislas Bolski : « C'est une chose effroyable que la vérité. De grâce, mettez un mensonge entre la vérité et moi... » (p. 359). Du même : « Et j'oubliais ce mort qui ballottait dans ma poitrine » (p. 283)... Dans Le Roman d'une Honnéte Femme : « Il regarda le couteau, y aperçut une goutte de sang, et comme pour étancher une soif mystérieuse, il la porta à ses lèvres et la but » (p. 372).

Cette grandiloquence intempestive, on se demande si Cherbuliez ne s’en est pas servi un peu en se moquant. Son sang est trop rassis pour qu’il se laisse aller en toute sincérité à ces intempérances :

« Lord Byron se fit enfermer daus ce caveau très sombre, et il y passa deux heures à se frapper le front et à sangloter. Lord Byron n'avait pas toujours le sens commun » (Le Prince Vitale, p. 3). Dans Prosper Randoce (p. 129) il montre qu'il n’est pas jusqu'au bout hugolâtre : Le vieillard stupide, il l’aime! et le Charlemagne, pardon ! étaient ses deux chevaux de bataille ». Il reconnaît ce que la manière peut avoir de ridicule : « Un homme qui se respecte ne se tue pas sans avoir prononcé préalablement un monologue » (p. 272).

Les clichés dans la manière du grand homme semblent des pas-

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tiches ou le résultat de quelque gageure : « Il y a des fruits qui restent acides, en pourrissant; tel élait l'honorable M. Crépin » (L'idée de Jean Téterol, p. 126). Du même : « Que se passa-t-il dans l'âme de M. Têterol? » (p. 120). À Hugo appartient bien en effet cette forme du passé défini employée pour donner force et relief au temps d'attente. Mais plus encore dans la tradition : « Je crois vraiment que vous me questionnez... » (Jbid., p. 323). De même les abstractions revêtues d’une enveloppe corporelle : « Cette sainteté portait le désert sous sa robe noire » (Noires et Rouges, p. 84) … « Ce n’était pas M"° Vanesse qui la regardait, c'était son idée » (Jacquine Vanesse, p. 78) … « Il venait de faire connaissance avec le respect » (Jbid., p. 29). « Il finit par s’écrier : Étrangler un juge et mourir ». (Le Fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur, p. 38) : « De Combard on aperçoit chaque soir à l'horizon une grande lueur rouge et on sait que Paris est là, qu’il s'occupe d’éclairer sa nuit » (Noires et Rouges, p. 354). Les romantiques affectaient volontiers le ton qui convient à ceux qui se jugent dignes d'attirer sur eux les coups de la fatalité : « Puis elle fermales yeux, et, latête basse, s’enfonça dans sa destinée » (La Revanche de Joseph Noirel, p. 323). Les transports lamartiniens même ne font pas défaut : « Je découvris l'endroit sacré, je déblayai la neige, je mis à nu cette poussière, je m'agenouillai, je la baisai avec transport... » (Paule Méré, p. 308).

Le ton du lyrisme romantique paraît également par moments : « Un jour une plume échappée de l’aile d’une tourterelle flottait dans l'air, bercée par les brises du printemps ; quelque fée eut l’étrange fantaisie d’en faire une femme et ce fut M"° de Mauserre » : (Méta Holdenis, p. 54). On sait quel rôle important la nature joue dans les romans de Cherbuliez*. Cela encore est très romantique, et c’est plus qu’un moyen. L'auteur semble à cet égard être surtout redevable à Shakespeare, à Gœthe plus certainement. Par exemple le portrait de cette fille, créature d’un autre monde, qu’il nous fait dans Prosper Randoce (p. 138) « née d’un ruisseau à l'heure où une étoile s’y mirait... »; Romantique ce procédé souvent employé grâce à quoi les choses s’entretiennent en un obscur colloque : « Ces paroles mystérieuses que le vent fait dire à la nuit. Il est des instants où les choses s’animent; elles regardent, elles écoutent » (La Revanche de Joseph Noirel, p. 283).

Nous avons vu ailleurs” que c’est quelquefois Balzac dans sa

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