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manière romantique que Cherbuliez a l'air d’imiter : « Un jour vous vous souviendrez que vous avez une mère et que le métier des mères est de consoler » (Paule Méré, p. 264).
Le romantisme de Cherbuliez, s’il est permis de lui appliquer cette étiquette, découle pour le fond du premier Romantisme, vraiment très romanesque, celui des dernières années du xvir° siècle, celui des Réveries du Promeneur Solitaire, celui des traducteurs d’Ossian. De l’autre, du Romantisme conscient, hautement proclamé à grand renfort de manifestes, il ne prend guère que des procédés, et ce faisant n’a d’ailleurs pas toujours la main heureuse.
Comment le roman romanesque de Cherbuliez s’est-ilaccommodé de sa tendance très marquée au genre cosmopolite ? Si nous devons l'en croire, ce fut pour lui une ressource capitale, un moyen très puissant de renouvellement et de transposition : « Mais si le cœur de l’homme ne change pas, il change continuellement de langage ; si les passions de l’humauité restent semblables à elles-mêmes elles varient perpétuellement de costume, de visage et en quelque sorte d’attitudes et de gestes. Les gestes de la passion se modifient de siècle en siècle » (Introduction à l’/déal Romanesque en France, p. 11). Dans cet ouvrage d'ordre purement littéraire il avait étudié les changements de la passion romanesque dans l’ordre du temps ; plus tard lorsqu'il se mit à écrire des romans il se livra grâce à sa découverte du genre cosmopolite (ou si l’on préfère, grâce à l’utilisation systématique qu'il fut le premier à en faire) à un recoupement sur le plan de l’espace. Bonne façon de faire le point en ces voyages aventureux.
Que dire de l’art romanesque du romancier au regard de ce mouvement communément dénommé réaliste? Marc Monnier, son ancien condisciple, le juge ainsi : « Il s’agit de l’art tenant uniquement à rendre son idée et ne copiant que dans cette intention la réalité... Témoin la nature qu'il arrange même à son gréet quand il lui plaît. Qu'il arrange à son gré, j'insiste sur ce point; car c’est tout le contraire du réalisme‘... » Cherbuliez lui-même convient que l'art du romancier, son art, comporte des latitudes, se donne suivant les termes de Monnier le droit « d’arranger ». Il dit par exemple : « Le roman est essentiellement un récit, mais ce conteur qu’on appelle le romancier peut interrompre par moments son histoire pour réfléchir, pour raisonner, voire pour disserter® ». Mais cela, c’est
4. Marc Monnier. Revue suisse et étrangère, t.1X, 1860. 2. L'idéal romanesque en France, introduction, p. 6.
tout le contraire du réalisme. « Le réaliste », dit Faguet, « s’adresse à notre faculté de contrôle et le romanesque à notre faculté de curiosité... » Ces deux facultés ne sont pas incompatibles. Faguet dit encore : « M. Cherbuliez nous donne ici le petit secret de sa méthode et de sa tendance. Il n’est pas le contraire d’un réaliste, parce que le contraire d'un réaliste serait un simple aliéné ; mais 1l s’écarte tout naturellement, sinon autant que possible, du moins diligemment des procédés des réalistes.
« Le réalisme c’est la peinture condensée et vive de la moyenne de l'humanité... Les romanesques sont tout simplement des gens qui se sont avisés que si la réalité, c’est-à dire la majorité des cas, est intéressante, l’exception l’est aussi et ne laisse pas de l’être parfois davantage.
« Lorsqu'on peint l’exception, il faut faire dire aux lecteurs : Et c’est pourtant vrai. L’art romanesque, c’est le sens délicat de ce qu’il y a encore de vérité générale dans les caractères d’exception!. »
On peut, quand on est bon artiste, être plus ou moins réaliste, qu'on appartienne ou non en titre à l’école de ce nom, mais on l’est toujours. Cherbuliez, grâce à ses portraits si vivants par leur vérité profonde malgré les exagérations quiles accompagnent, l’a été essentiellement. Il a considéré ceci comme la condition sine qua non de son métier d'homme de lettres : «M. de Bonald a eu raison de dire que la littérature est l'expression de la société. Mais j'ajoute que de tous les genres littéraires, celui qui est l’image la plus fidèle des réalités, celui qui nous en apprend le plus sur les mœurs, les caractères et les idées d’autrelois, c’est le roman. En effet de tous les genres littéraires, le roman appartient à la poésie... Mais c’est une province-frontière par où elle confine avec la prose. Le roman est la fusion de la poésie et de la prose ; il est la prose de la poésie et la poésie de la prose. Le roman ne parle pas la langue des dieux; il parle la langue des humains » (Introduction à /’Idéal Romanesque en France, p. 4). Mettons par conséquent que le roman (à proprement parler le roman romanesque, pour Cherbuliez le type par excellence du genre) soit l’union de l’imagination et du bon sens. La première s’adresserait donc, selon Faguet, et nous partageons entièrement son avis, à notre faculté de curiosité, Le second à notre faculté de contrôle. Certains penchent à croire que Cherbuliez faisait une part plus grande au second :
« Il faut remarquer que les deux romanciers de La Revue au début