‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 242 sur 298 · A. Beaunier. Revue Encyclopédique · texte numérisé non relu

A. Beaunier. Revue Encyclopédique

3. A. Bellessort. Revue des Deux Mondes. Livre du Centenaire, 1929.

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Un critique américain écrivait de Cherbuliez en 4876 : « C’est un homme qui est devenu Français par choix. Il présente un mélange curieux, à base de parisianisme et de cosmopolitisme... Et ceci ne laisse pas d’être paradoxal, car le Parisien est l’un des moins cosmopolites des êtres civilisést, » Le cosmopolitisme existait donc et Paris avait eu certes l’occasion de s’en pénétrer et de le juger. Mais l'esprit français n’était guère favorable à cette nouveauté. On a souvent commenté ce manque de curiosité qui chez nous se manifeste à l'égard des choses et des gens venant du dehors, On en a presque fait de la soi-disante ignorance de la géographie un trait national, racial même, A l'heure actuelle, on devrait fortement en rabattre sur cette assertion. Que ce soit pour limiter servilement ou pour le critiquer avec outrance, ce qui nous arrive de l'étranger et particulièrement d’outre-atlantique nous passionne. La mode et la littérature le montrent bien. Mais à l’époque où Cherbuliez commença à écrire, il en allait bien autrement. Et cependant les étrangers affluaient chez nous presque autant qu'aujourd'hui. Mais notre intérêt à leur endroit n’était pas encore éveillé. La France n'avait pas usé ses ressources intellectuelles ; les étrangers qui venaient se fixer sur notre sol étaient plus désireux de s'adapter que de nous faire connaître leurs mœurs et leurs coutumes ; chassés de leur pays ils semblaient avoir plus à cœur de se faire oublier que d'indisposer notre nalionalisme sourcilleux. Le roman cosmopolite avait peu de chance de réussir : « Il y a soixante ans », dit M. Leguay, « le roman cosmopolite, celui dont les acteurs ne sont pas des Français, n’était pas très goûté. Après l'insurrection de 1863, les Polonais, pourtant, avaient afflué chez nous, comme les Hongrois après 1848, comme les révolutionnaires italiens. Il ne semble pas qu’ils aient

À. Atlantic Monthly. V. Cherbuliez, par T.S. Perry, 1876, vol. XXX VII.

excité à Paris en dehors des milieux politiques d'opposition, une grande curiosité. »

À Genève, toutefois, la situation était sensiblement différente : les étrangers y étaient nombreux, l'argent qu’ils y apportaient entretenait, tout comme à l'heure présente, une industrie bien organisée et tendant de plus en plus à s’avérer prospère, car il n’agissait pas pour la grande majorité de proscrits dénués de ressources mais bien plutôt de touristes aisés et dépensant largement. De plus, la Suisse, pays qui, malgré un patriotisme local ardent, a réussi ce tour de force de permettre à trois peuples, à trois langues, de cohabiter sans grands heurts et sans empiètement, était la terre rêvée du on

La littérature s’en trouvait à son tour tt « On a souvent constaté », écrit M. G. Meunier. « le cosmopolitisme de l'intelligence des Suisses écrivant en français... La raison: la situation géographique autant que leurs dispositions naturelles .. La Suisse est au point d’intersection des routes de France, d'Italie, d’Allemagne et d'Angleterre... Jean-Jacques Rousseau malgré son individualité si puissante n’a pas échappé à cette influence; et M*° de Staël surtout qui disait : On doit avoir l’esprit européen. C’est elle qui a créé la littérature cosmopolite’. » Cherbuliez appartient à cette famille d’esprits européens chez lesquels le genre cosmopolite devait devenir un moyen tout naturel d'expression : « C’est dans ce cosmopolitisme ambiant de Genève qu’il faut chercher l’origine de l'indépendance d’esprit de M. Cherbuliez, indépendance qui n'offre aucun des caractères de l’effort personnel*. »

Si par cosmopolitisme on entend une tournure d’esprit plutôt nourri de curiosité que de sympathie pour ce qui vient du dehors, il convient de faire des réserves à l’égard de notre auteur. L’éclectisme intellectuel en pareille matière n’est pas son fait: « Les cosmopolites », a-t-il écrit lui-même, « sont des indifférents : ils n'ont pasde préférences. Marc Monnier, (lamiqu’il aimait etadmirait beaucoup), n’était pas cosmopolite, il était Français et Européen‘. » Il semblerait que selon lui, on dût prendre position et lier partie avec un mouvement, si large ou si peu doctrinaire qu’il fût. Un de ses anciens compatriotes en à cependant jugé différemment à son endroit : « Il n’est d'aucune église, d'aucune tradition, je dirais

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