Préface de G. Meunier. Œuvre de Cherbuliez
« Qu'il a été l’initiateur de ce qu’on appelle le roman cosmopolite depuis que M. Paul Bourget lui a donné une forme plus particulière encore’ ». À cette opinion se rallient plusieurs commentateurs :
« Nous avons vu après la dernière guerre », dit M. Leguay, «avec M. Paul Morand et beaucoup d’autres, une renaissance du roman cosmopolite. Il serait injuste d'oublier que Cherbuliez en fut chez nous l’introducteur.. » Parlant de son premier roman, dont la vogue fut si grande, il dit encore ailleurs : « Mais ce charmant héros ne rend pas compte à lui seul du plaisir que nous prenons au Comte Kostia, ni de son succès. C’est un roman dont les personnages sont des Russes. Grande nouveauté en 1862, à une époque où Tourgueneff représentait à peu près toute la littérature russe en France. C’est en 1886, vingt-quatre ans plus tard, que Voguë publiait sur le roman russe son livre fameux, et qui orientait dans cette direction tant de curiosités. » C’est d’ailleurs ce qu’a noté M. A. Bellessort dans l’article précédemment cité : « Le Comte Kostia a précédé d’une vingtaine d’années l’invasion des romans russes. » Et encore du même :
« Cherbuliez créait des types, surtout parmi ces personnages nouveaux qu’il introduisait dans notre roman. Il a été un des premiers, — sans Balzac, je dirais le premier, — à étudier la société cosmopolite que les relations facilitées entre les nations avaient ébauchée au xvin° siècle, et dont la Révolution et l’Empire ont hâté la croissance. Jusque-là, elle n'existait, à l’état embryonnaire, que dans les colonies, dans le monde diplomatique et chez les aventuriers. Voyez plutôt les Mémoires de Casanova. Depuis, elle s’est étendue et fixée de préférence dans certaines villes où la Providence est plus grande qu'ailleurs, Paris, Rome, Genève. M. Paul Bourget, si friand de modernité, n’a pas manqué de jeter son filet dans ces eaux si mêlées où les âmes prennent souvent des colorations singulières, et il en fait une brillante étude, Cosmopolis. Mais Cherbuliez, avant lui, nous en avait donné la sensation dans Méta Holdenis et Samuel Brohl et C'®.»
Pour le roman il apparaît donc bien que Cherbuliez fut un véritable précurseur. Edouard Rod, lui-même, comme il a été dit, un cosmopolite du meilleur aloi, « l’a nommé le créateur du roman cosmopolite ?, »
Cela est vrai pour le roman sans doute, mais, en toute justice, il